Merveilleux instants ! Depuis hier, je suis de retour au pied du Rocher Sacré. La Vierge guerrière me guette  au-dessus des marbres glorieux. Une chouette altière de ses yeux pers m'observe du haut des cieux. Une prière, une supplication, tout comme le fit Ernest Renan sur l'Acropole, je n'en ai, sur l'instant, ni le goût, ni le talent. Ma dévotion est sincère ; la déesse devra s'en satisfaire. L'oiseau vénérable me salue et s'évanouit dans l'éther. Aussitôt un couple de faucons, qui nichait dans les interstices de la pierre, s'envolent et disparait à sa suite.   

 

Je ne me lasserai jamais de revoir ces lieux. Le Parthénon produit toujours le même effet sur moi. Une extraordinaire explosion émotionnelle qui se traduit par une indescriptible sensation. Une impression d'irréalité accompagnée par l'ivresse de l'émoi et une excitation de l'esprit. J'ai besoin de vérifier que tout ceci n'est pas une illusion. Il faut se garder des rêves éveillés, du mirage des sens qui sont propices aux calamités à venir. Alors, nous écartons discrètement un bras et du bout des doigts, nous essayons vainement de toucher ce qui est inatteignable. Qu'importe ! L'important, ce n'est pas la rose, comme le chanteur l'affirmait, mais bien les épines ; ça prouve qu'elle est réelle. Ces lieux conservent indiscutablement leur magie.

 

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A peine arrivé, je me suis dirigé directement vers le nouveau Musée de l'Acropole ; qui était le prétexte du déplacement. Malheureusement, à peine ai-je descendu les quelques marches que derrière moi, un vacarme inouï s'est fait entendre. Un groupe scolaire est arrivé dans des hurlements et des vociférations indescriptibles. Aussitôt, mes bonnes dispositions ont trouvé en ces adolescents leurs limites. J'ai pressé le pas pour prendre de l'avance sur eux. Mais arrivé devant la porte d'entrée, j'ai renoncé. Connaissant la capacité de concentration de ce type de population, ils auront tôt fait de me rattraper et de faire dix fois le tour du bâtiment avant que je n'atteigne le bout de la première salle. Et comme il y avait là, au moins, tout un lycée, le dernier élève s'acharnera encore à me pourrir la vie tandis qu'on annoncera la fermeture des lieux. C'est dommage ! ai-je pensé. L'endroit était désert avant l'arrivée de ce fléau. Dès lors, je me suis contenté de m'enquérir des heures d'ouverture pour le lendemain, tout en me renseignant, si la grève qui était annoncée, serait suivie ? On m'a assuré, sans rire, qu'il n'y aurait aucun problème ; que tout fonctionnerait normalement. Je ne sais pas pourquoi, je n'ai pu m'empêcher d'en douter. Sans doute, est-ce ma connaissance du Grec et de ses facéties qui m'ont amené à ébaucher un rictus ?

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La visite ajournée, j'ai reporté mon attention sur l'architecture du bâtiment. J'ai enfin compris, en arpentant l'esplanade qui jouxte l'entrée, les raisons pour lesquelles cet édifice a pris autant de retard dans la réalisation (il devait être achevé pour les jeux de 2004). Nous avons beau le lire dans d'innombrables articles de revues et de journaux mais rien ne vaut pour en prendre la mesure que de le vérifier par soi-même. Le musée est construit sur pilotis, par-dessus un chantier archéologique. Sous d'épaisses vitres a été exhumé un ancien quartier d'habitation dont les plus anciens vestiges remontent à l'époque archaïque. A côté de moi, un groupe d'élèves tentent de briser le verre en sautant à pieds joints dessus, tout en hurlant des invectives sous l'œil goguenard des adultes qui les accompagnent. D'un seul coup, j'ai su que j'avais pris la bonne décision. Le bâtiment est indiscutablement une réussite. Succès technique, bien sûr, mais surtout esthétique. En 2005, il était en chantier et en 2007, il était encore masqué derrière de hautes palissades. Ce qu'on en percevait des hauteurs qui le surplombent ressemblait beaucoup plus à un blockhaus, à un énorme cube, qu'à cette agréable surprise. Seul bémol, peut-être, il y a une rupture de style par rapport au quartier et la cohabitation semble avoir du mal à se faire.

Le lendemain matin, à huit heures sonnantes, je me suis présenté devant les portes du musée pour y découvrir une feuille de papier de format A4 avec six lettres calligraphiées maladroitement dessus : « STRIKE ». C'est curieux, je n'ai même pas été déçu. En passant sur la place Syntagma, des groupes d'étudiants bloquaient déjà l'entrée des palaces, en psalmodiant leurs slogans révolutionnaires. Pourtant, tout semblait fonctionner normalement. Les magasins étaient ouverts, les bus circulaient et le métro aussi. J'ai pris le papier et j'ai traversé la voie piétonne pour aller demander à la gardienne du théâtre de Dionysos des explications sur  ce mot extravagant. Juste une provocation gratuite agrémentée d'un peu d'ironie. La femme fut assez surprise de ma requête et tenta de me l'expliquer par tous les moyens à sa disposition. Finalement, je lui ai dit que j'avais parfaitement compris le sens mais pourquoi était-il en anglais ? Décontenancée,  elle m'a demandé sèchement avec toute l'autorité qui émanait de son uniforme, si je préférais le chinois comme moyen de communication ? « En chinois ! - m'exclamai-je - mais ce mot n'existe pas. » Elle eut un sourire.

Il en est allé ainsi de cette journée où d'un seul coup, il n'y avait plus rien d'autre à faire que de flâner. Je suis remonté sur la colline des Muses faire quelques photos. Le temps était à l'orage. Il faisait chaud et lourd à la fois. Le soleil était voilé par une sorte de brume qui faisait office de couvercle d'étuve. Pas moyen de se changer. Les seuls vêtements dont je disposais étaient sur moi. J'étais vêtu comme lorsque j'ai quitté Paris, il y a quelques temps déjà (un immense pull doublé d'un gigantesque manteau). A l'hôtel, le concierge a osé la plaisanterie facile, lorsqu'il m'a vu ainsi accoutré. Remarques d'un imbécile qui n'habite pas le pays des Allobroges. Je lui ai pardonné son impertinence.      

En gravissant la colline, je retrouvais cette odeur familière que j'affectionne tant. Des effluves de pins humides mélangés aux essences méditerranéennes que transporte une légère brise marine comblent mes narines de bonheur. Au sommet de la colline, on y trouve des buissons de térébinthe et d'origan ainsi que des genêts. La saison n'était pas au cyclamens ni aux scilles d'automne qui poussent généralement entre les rochers. J'y ai aussi découvert les premiers coquelicots que Ti-Poune aimait tant.       

                        

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Je suis resté seul un long moment là-haut à contempler ce qui est sublimement beau. Que reste-t-il des temples originaux ? dix, vingt, trente pour cent ? difficile à dire ! Et pourtant ces quelques vestiges demeurent le summum de la perfection. A cet instant, je maudis les chrétiens, les musulmans, les Vénitiens (mais ils étaient chrétiens), les Turcs (mais ils étaient musulmans) et surtout lord Elgin. Mes réflexions furent interrompues par l'arrivée d'un couple de touristes. Ma tranquillité était terminée. Ils me demandèrent de les prendre en photo. J'accédai à leur demande avant d'abandonner ma position stratégique et d'entamer ma descente. En chemin, j'ai eu une envie, celle de revoir ce que les autorités vendent aux vacanciers comme la prison de Socrate.  Arrivé devant cette dernière, je fus surpris d'y trouver un groupe de Chinois (c'est le seul groupe de touristes que j'ai croisé durant ces deux jours). Généralement, les lieux ne retiennent guère plus de quelques secondes les tour opérateurs (surtout lorsqu'ils sont chinois) lorsqu'ils y viennent (c'est-à-dire presque jamais). Mais voilà, c'était jour de STRIKE (comme au bowling)  et leur guide n'a pas trouvé d'autre programme de substitution que de les emmener voir trois cavités percées dans un rocher. Au début, je me suis dit qu'il n'y en aurait pas pour longtemps, avant de pouvoir accéder au site. C'était sans compter sur leur cicérone qui s'était mis en tête de justifier à tout prix ses émoluments.

Prenant mon mal en patience, je suis allé m'asseoir en attendant que cette dernière finisse son discours. Au bout d'un quart d'heure, son auditoire commençait  à avoir des fourmis dans les pieds et trépignait sur place. Au bout de trente minutes, quelques réactionnaires intrépides, qui seront dénoncés au comité central du parti, à leur retour (j'ai noté les noms), décidèrent de prendre quelques distances avec le groupe en s'écartant de ce dernier. Pire, des apartés virent le jour entre prolétaires. La parole de l'autorité était bafouée. Je me demandais bien ce que leur cheftaine pouvait leur raconter. Mais par moments, j'avais l'impression qu'elle mettait tellement de fougue dans le verbe qu'elle devait se croire place Tien An Men, au milieu des officiels du Parti. A coup sûr, Socrate a été amalgamé au grand timonier. Quarante cinq minutes plus tard, je ne sais pas : je me suis endormi. Tout juste, ai-je entendu de façon subliminale, dans un espace extrasensoriel, un début d'applaudissements aussitôt interrompus par des : « Chuuuut ! » ou quelque chose de similaire. Mais lorsque je me suis réveillé, il n'y avait plus de touristes, juste le gazouillis des oiseaux : quel bonheur ! J'aime la tyrannie lorsqu'elle ménage mon sommeil.  

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Athènes est aux chiens ce que Rome ou Naples est aux chats. Il y en a partout. Il suffit de croiser le regard d'une de ces fourrures pour vous en faire un ami pour la vie. J'ai vu un chien attaquer une voiture qui n'avait eu comme seul tort que de klaxonner sur le couple de touristes dont il s'était fait le protecteur. Il faut rester ferme dans ses émotions malgré l'envie qui vous étreint de poser sa main sur un pelage plein de puces. Sinon, il vous suivra jusqu'au bout du monde. Et au final, nous l'aurons rendu plus malheureux qu'il ne l'était auparavant ; à supposer qu'il le fût.

Je me suis rendu sur l'Aréopage. J'ai revu l'endroit où Ti-Poune a posé ses pattes la dernière fois. Il nous avait offert, ce jour là, un concert d'aboiements. Il était heureux. Ce n'est pas vieux et pourtant... Combien de fois, sommes-nous venus là tous les deux ? Mon estomac s'est à nouveau serré et le chagrin a pointé de lacrymales onctions. Je me suis éclipsé, sans me faire remarquer par la poignée de touristes qui s'y trouvait.

En descendant du Rocher d'équité, j'ai vu que la colline du Pnyx semblait ouverte. Je m'y suis donc précipité. L'endroit me plait. De plus, il est généralement totalement désert. Sauf, lorsqu'on organise des sons et lumières. Pendant un bref instant, j'ai eu peur de croiser mon groupe de Chinois errant un jour de STRIKE. Puis, en y réfléchissant, il n'était guère envisageable que la déléguée du comité central du parti amène ses masses laborieuses en cet endroit extrêmement subversif. La démocratie populaire ? pas de problème mais la chienlit : non ! J'ai pu alors me perdre parmi les oliviers et les genêts, l'âme en paix. En partant, j'ai fait un saut par le dème de Mélité. J'étais alors en-dehors de l'antique enceinte mais à l'intérieur des longs murs. Est ce ici que se trouvait le gouffre où l'on précipitait les condamnés à mort ainsi que tous les objets ayant été homicides ? C'est possible !   

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 Il était environ quatorze heures, lorsque j'ai voulu rentrer à l'hôtel, après avoir déjeuné dans le quartier de Monastiraki. En chemin, en remontant la rue Ermou, je me suis aperçu que la police avait bloqué les accès menant à la place Syntagma. La circulation était détournée. Au loin se faisait entendre une clameur. A l'angle de la rue Ermou et de l'avenue Stadiou, je vis que cette dernière était noire de monde. J'ai remonté la manifestation à contre-courant, jusqu'à la place Omonia. Occasion de remarquer que même si la STRIKE était générale, chaque syndicat avait son propre cortège séparé des autres. A intervalles réguliers, on avait disposé une cinquantaine de jeunes gaillards (que des hommes) solidement enchaînés par les coudes afin de hurler sur le même ton et en rythme, le slogan de rigueur. Autant dire que l'impact fut terriblement effroyable sur ma petite personne. Je me suis pourtant plu à isoler du regard un de ces joyeux drilles. Pris individuellement, il était insignifiant. Bigre ! c'est donc ça le fascisme ! me suis-je dit.  Cependant, une petite voix résonnait dans ma tête pour me signaler mon erreur. « Tu te trompes - me dit-elle - ce n'est pas du fascisme mais du socialisme ». Ah bon ! Une seconde petite voix intervint pour mettre la précédente à sa place. Ce n'est ni du fascisme, ni du socialisme mais du national socialisme ou de la démocratie moderne - lui rétorqua-t-elle. » Fichtre !  Bah alors, lui ai-je répondu avec cette vielle boutade nietzschéenne, je ne dois pas être suffisamment démocrate pour être fasciste et encore moins socialiste. Car il est connu que seuls les fascistes croient aux masses.

Derrière ces troupes de choc défilaient des hommes à la conviction vociférante moins marquée que les autres, des femmes, des vieillards et même des enfants. Tous les magasins étaient ouverts même ceux situés sur le parcours du cortège. L'activité était partout normale. J'ai même vu des métros circuler. J'en ai conclu donc qu'il n'y avait là que des fonctionnaires et parmi eux, un nombre considérable d'enseignants. Aussitôt l'information vérifiée, j'ai envoyé un texto à P*** qui devait avoir approximativement cette teneur : « Au secours ! le SNES est dans la rue. »          

 « Le socialisme - écrivait Nietzsche - n'est qu'un moyen d'agitation au service de l'individualisme ; il comprend que pour arriver à quelque chose il faut s'organiser pour l'action collective pour la « puissance ». Ce qu'il voit ce n'est pas la société comme fin de l'individu, mais la société comme un moyen de réaliser beaucoup d'individus ; c'est là l'instinct des socialistes, au sujet duquel ils se trompent communément (sans compter que pour réussir ils sont obligés de tromper les autres). La prédication morale altruiste au service de l'égoïsme individuel et une des falsifications les plus courantes du XIXe Siècle.[1] »  

Le syndicat dont j'eus l'incroyable honneur de suivre les évolutions, avait réussi à mobiliser de quoi combler l'avenue Stadiou de sa seule présence. A proximité de la place Omonia, un pope en accoutrement traditionnel fermait le cortège sur un quad. Original !  Derrière lui, une armada de véhicules de nettoyage et de balayeurs qui eux n'étaient pas en STRIKE, effaçaient toutes les traces de la glorieuse kermesse. Pour être tout à fait complet sur la question, le boulevard Stadiou n'était pas le seul concerné par les manifestations. Il y avait des cortèges qui défilaient sur les avenues parallèles qui menaient à la place Syntagma. Dernière chose, j'ai vu pas mal de tags en français. Serait-ce que nos grands leaders étaient de la partie ?

Place Omonia, je me suis dirigé vers le quartier des putes, qui elles n'étaient pas en STRIKE. Je l'ai traversé, non sans m'être fait aborder par quelques racoleuses, proxénètes ou vendeurs à la sauvette dont l'un me proposait un Nokia dernière génération pour un prix des plus modiques. Certains se plaisent à peindre la misère humaine à travers d'inestimables œuvres littéraires sous couvert d'analyses psychologiques tordues. Ce n'est rien d'autre que de la pornographie déguisée, destinée à un lectorat  de voyeurs. On masturbe sa perversité sur le malheur des autres et on feint de compatir à celui-ci pour se donner bonne conscience.  Combien de nos immenses profs de français qui se targuent d'aimer ce type d'ouvrages auraient fait le détour pour ne pas à avoir à affronter cette réalité-là. Et pourtant, ils en ont lu, des histoires de prostituées, de gangsters, de meurtres... La réalité est cent millions de fois supérieure à la fiction.

Arrivé à l'hôtel, j'ai fait une sieste bercée par les sirènes et les survols d'hélicoptères.

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Le soir, je suis retourné sur l'Aréopage. La ville était calme. Cette fois-ci, le rocher était à moi seul. J'ai pu admirer l'orage qui était resté sur l'Hymette (il avait plu pendant que je dormais). De temps à autre, des éclairs pourfendaient les nuées entre le Lycabette et l'Hymette. Magnifique spectacle : Zeus le grondant, le terrifiant Porte-Egide enlaçait de ses doigts de feu sa fille adorée.

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Demain, je m'envole pour mon caillou, où je ne suis pas sûr d'avoir une connexion internet. J'écris donc ces lignes dans l'empressement afin de les diffuser avant de prendre mon avion. J'essaierai de revenir dimanche ou lundi à Athènes pour visiter ce fameux musée.

 J'ai lu sa production épistolaire. C'est consternant ! (ce n'est pas faute de l'avoir prédit) Pourtant, avec son billet sur Shakespeare et Oscar Wilde, je m'étais dit "enfin quelque chose d'intéressant", même si ça demeurait de la rhétorique universitaire ; déjà lu ailleurs. J'aurai aimé qu'elle approfondisse. Cependant, si c'est bien l'article auquel je pense, je crois qu'on a atteint un certain degré dans le pathétique qu'il va être difficile de dépasser.  La bêtise est devenu véritablement son apanage.   

Nietzsche (encore lui) disait :

« Les esprits médiocres ont besoin d'une quantité effrayante de matériaux pour « comprendre » leur auteur - car précisément ils ne veulent, et à proprement parler ne peuvent comprendre, que ce qui est matériel. D'où l'ampleur prise par les études littéraires. Pour autant, il n'entre ni dans leurs intentions, ni dans leur capacité, d'acquérir des géni une connaissance in gurgite vasto. »[2]

Malgré cela, lorsque je suis repassé devant la rue des Trépieds chorégiques, à l'endroit où elle me tendit sa main que je savais toxique et que j'ai pourtant prise, j'ai eu mes entrailles qui se sont nouées. Il m'est revenu alors à la tête ces vers de Ménandre que j'avais appris par coeur, à l'époque :

Par la Vierge, garçon, il faudrait trouverIMG_4828.gif

L'image qui dira ce que j'ai éprouvé

Il faudrait pour cela quelque chose qui tue                  

La trombe? Mais pendant qu'elle tonne et s'avance

Et saisit et disperse, il coule une existence entière.

Le naufrage en mer ? On s'exclame impromptu :

Dieu sauveur ! ou mieux encore : " retiens-toi aux cordages

Et on attend la seconde ou la troisième vague 

On a le temps de prendre un débris qui surnage.

Mais moi, d'un coup, à peine entre mes bras serrés

Ai-je le temps, amis, d'un peu la caresser 

Que j'ai fait dans l'abîme un éternel naufrage.[1]                     

 

Cependant, une douleur chasse l'autre ou si ce n'est le cas, l'atténue considérablement. Il reste une pilule qui demeure difficilement digérable même avec le temps. Je préfère encore l'appeler la gamine plutôt que d'utiliser d'autres qualificatifs plus en adéquation avec son état mais autrement plus flamboyants. Certes, il ne traduit qu'une réalité très parcellaire de sa personnalité mais me permet, en revanche, de rester poli.


 


[1] Je cite de mémoire. Je n'ai pas ma bibliothèque avec moi. Il faudra vérifier dans La Volonté de Puissance  de F. Nietzsche   

[2] F. Nietzsche, Sur Démocrite, de mémoire aussi 

[1] Ménandre ; Anthologie de la poésie grecque, trad. Robert Brasillach