Il y a des jours où l'on se demande pourquoi nous nous sommes levés. La routine aidant, on s'installe et l'on tente de remplir une fonction qui nous dépasse, sans grande motivation. Les heures s'égrènent ; le temps s'écoule et bientôt, nous nous apercevons que nous n'avons rien fait qui mérite que l'on retienne ces instants parmi nos annales. Une journée de vie perdue, une journée d'existence gâchée qui n'est que la résultante de notre lâcheté à vouloir hypothéquer notre présent afin de nous assurer notre avenir. Isolés dans nos pensées, à nous interroger sur le sens de nos priorités et sur la farce que nous sommes en train de jouer, on nous tend enfin le papier que nous avons tant quémandé. Décidés à clôturer l'incident au plus vite, on range le billet dans nos affaires, sans même le lire ; histoire sans doute d'éviter la polémique et la perte d'énergie inutile. Quelques heures plus tard, alors qu'on essaie désespérément de se remettre à son ouvrage alors que l'on est absorbé par quelques lectures passionnantes, on tire d'une main hésitante, machinalement et à contrecœur ses affaires de son sac et le papier controversé tombe. D'un seul coup, on se remémore l'incident, tout en dépliant la feuille. A cet instant, l'esprit est encore tout préoccupé par quelques projets et certainement pas préparé à recevoir le choc intellectuel qui se présente. On le lit une première fois et on s'apprête à en faire une boulette, avec un geste de mépris. Lorsque, sans pouvoir se l'expliquer, on ressent cette nécessité de le parcourir une seconde fois ; histoire sans doute, de se prouver que l'on ne rêvait pas. Aussitôt, les bras vous en tombent ; la stupeur vous envahit.

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   "Alors toi tu parl mé tu té pas vu avec ta petite taille de mini moyos avec ton ventre de 5 cm de long et de 50 cm de larg t tt petite avec ton gros freonc on diret on l'a gonflé avec une pompe a ballon et t pied é t cuisse on diré lé pinguin quand il marche il é collé t petite fess on diret il son sur ton do il ressemble a un cercle endicapé avec t chessure qui nont rien a voir avec ske ta porter (hors Suger) t sein on dirait des piq(g)ures de moustik ta chate endiret elle est défformer, elle est mal possitionner." 

(J'essaye de retranscrire sans faire de faute d'orthographe ; ce n'est pas facile)

L'interpellation se produit au niveau de la virgule. Non point parce qu'elle est la seule mais par son positionnement remarquable dans cette phraséologie déroutante. C'est une mise en abîme des plus déconcertantes que cet auteur opère avec lui-même, avec le monde ; que dis-je avec l'univers. Rendez-vous compte, nous sommes en présence d'un embryon de structure qui tente de s'organiser face au chaos explosif de ce Big bang verbal. En direct, nous pouvons assister, tel un astrophysicien derrière sa lunette, aux premières secondes, que dis-je, aux premiers balbutiements d'une envolée lyrique d'une nébuleuse qui donne naissance à une étoile.  Je ne sais plus moi ; je suis ému. C'est si beau. Tout y est : la métaphore, la rime et un romantisme digne de Harry Potter chez les Schtroumpfs qui déclare sa flamme à Gargamel médusé, à moins que ça soit Azraël (j'ignorais que c'était une chatte) ; de Buffy érotomane introvertie qui finit par rouler une pelle à Spike dégoûté mais débordant d'une chaleur extra sensorielle pour l'occasion, selon les critères culturels en vigueur sur cette plate-forme hautement éducative. Où encore, ne pourrions-nous pas voir dans cette emphase fantasmatico littéraire, une remise en cause profonde de la série Angélique Marquise des Anges qui enfin révèle le côté sombre de Jeoffrey de Peyrac qui n'a que faire de cette hystérique qui le harcèle depuis tant d'années alors qu'il a organisé son anonymat afin de profiter de son or en se payant toutes les putes de la planète ? Ne rigolons pas ; ce sont des questions sérieuses qui interpellent le lecteur que je suis. Et oui, il y a du génie dans cette intervention. Puis, en y regardant de plus près, tel un paléographe studieux, qui prend sa panoplie de détective, on se rend compte de toute la complexité de ce témoignage, tant l'auteur a cherché à se dissimuler derrière son logos, comment dit-elle, ah oui Moldave (il est évident que dans ce cas précis, seule la parole a de l'importance ; le reste ne peut que polluer le message délivré).

Est-il masculin ? rien n'est moins sûr. Est-il féminin ? vraisemblablement. Qu'est ce qui me permet de le suggérer ? rien ; si ce n'est mon intuition qui n'est pas infaillible. En effet, tout relève de la sensibilité féminine dans cette trace épigraphique sur support végétal dérivé de l'antique papyrus, autrement appelé papier sous certains cieux (et puis, si s'était un garçon, il n'y aurait pas eu de virgule ; ne déconnons pas !).

Maintenant que j'ai réussi, d'un coup, à éliminer la moitié de l'humanité, il me reste à affiner mon analyse. Il est évident que dans ce cas précis, ni le carbone 14, ni le microscope atomique ne peuvent m'être d'une quelconque utilité (très limitées ces pseudosciences, tout de même). Que me reste-t-il alors pour tenter d'approcher cet appendice de la gnose sidérale, de cette prose qui fait exploser les canons de la règle calligraphique conventionnelle, de cette révolution christique qui bafoue la Loi ? Et bien, la science pardi ! Allons-nous interroger la génétique ou encore la chimie moléculaire ? que nenni. Entendons-nous bien, seule une vraie science est capable de nous aider à sortir de cette inextricable énigme. Le Marxisme Léninisme me direz-vous, telle une tête à claque du premier rang qui a appris ses leçons ? Eh ben, force est de constater que dans ce cas précis, il ne nous est pas d'une grande utilité. L'application du petit livre rouge, ici, ne nous permettrait que de constater que les masses laborieuses s'affranchissent enfin de la tyrannie des normes expressives inventées par le grand capital pour maintenir les prolétaires dans un état d'ignorance et d'exploitation consubstantielle. C'est la lutte finale, qu'on se le dise, qui commence nécessairement par cette révolution culturelle chère au Grand timonier. Et où trouve-t-on des foyers de crypto communistes maoïstes accessoirement trotskystes voire castristes ou Che guévaristes et bientôt Besancenoistes en grand nombre, si ce n'est dans les rangs du SNES ou de Sud Education ? Donc, notre prosateur est forcément issu des nobles rangs de l'Education Nationale. Institution si prompte à nous fabriquer des crétins comme l'affirme le titre d'un célèbre ouvrage que je n'ai néanmoins pas lu. Cependant, Marx et Engels ne sauraient nous aider davantage dans notre quête identitaire de cette expression si raffinée. Dès lors, nous ne pouvons faire l'économie d'en appeler à la seconde grande science de l'humanité : la Psychologie.

Examinons maintenant à l'aune de cette érudition savante et infaillible ces lignes telles qu'elles se présentent sous nos yeux ébahis. Et là, d'un seul coup, la lumière se produit. Que dis-je, la grâce divine intervient. Il est évident que pour le sectateur de la psyché humaine, celui ou celle qui a une longue expérience en la matière, qui pratique et qui maîtrise tous les tenants et les aboutissants du neurone homo sapiens sapiens, à moins que ça soit celui du neurone d'homo erectus, tendance pithécanthropoïde, voire arnaquologotoïde, cela n'a strictement aucun mystère. Mais pour l'individu moyen qui est resté à l'écart de ce grand mouvement de masse de l'épistémè humaine ; celui qui débute, le profane, le béotien, le cancre qui ne peut comprendre que le comportementalisme soit devenu à ce point incontournable dans la perception que nous avons de notre cosmos (au sens grec), il est incontestable que c'est un choc.

Tentons d'analyser consciencieusement sans autres commentaires que ceux nécessaires à la compréhension :

« Alors toi tu parl mé tu té pas vu avec ta petite taille de mini moyos avec ton ventre de 5 cm de long et de 50 cm de larg t tt petite avec ton gros freonc on diret on l'a gonflé avec une pompe a ballon et t pied é t cuisse on diré lé pinguin quand il marche il é collé t petite fess on diret il son sur ton do il ressemble a un cercle endicapé avec t chessure qui nont rien a voir avec ske ta porter (hors Suger) »

Devant une telle richesse de vocabulaire, une telle densité de style, il serait tout à fait vain de songer à faire une étude exhaustive de ce texte qui nous prendrait certainement plusieurs volumes. Dès lors, il nous faut, à regret, essayer d'en cerner uniquement les grands contours. Avez-vous remarqué la majuscule ? Il est évident que cette dernière n'a pas seulement vocation à débuter une phrase mais trahit ici, en fait, une volonté manifeste de marquer de manière autoritaire une prise de parole. Elle est révélatrice de l'égocentrisme d'un individu bafoué, à qui on a tenté de nier son moi. Celui-ci réagit violemment en réduisant son ça, son adversaire pour quantité négligeable à travers ce « mini moyos ». C'est ainsi qu'en réduisant l'autre à une moitié de moi, c'est une façon de se grandir soi-même et de rassurer son surmoi en plein désarroi. En effet, l'auteur assume les interdits de coucher avec soi-même et s'identifie à l'individu du même sexe. En intériorisant ainsi l'autorité de ce camarade, il ou elle le tue symboliquement en s'emparant de sa sphère d'influence et en rendant en quelque sorte l'individu superflu. De là, le dénigrement tous azimuts et le rabaissement de l'adversaire, du (de la) concurrent(e). A partir de cet instant, l'autre se réduit à un ventre qui serait celui d'une poupée Barbie s'il n'avait pas cette largeur de 50 cm, à un, « freonc » je n'ose même pas imaginer à quoi il pouvait ressembler si par chance nous n'avions pas pu eu une « pompe a ballon »à notre disposition. Plus intéressant  est la métaphore de la démarche du  pinguin. Assurément notre auteur connaît ses classiques. Il sait que Œdipe (« aux pieds enflés ») ne rêvait que d'une seule chose, tuer son père pour coucher avec sa mère. De plus, le père d'Œdipe s'appelait Laios (« gauche ») et son grand père Labdacos « boiteux », ce qui nous renvoie à des problèmes de déplacement évident. En réduisant son autre à un pied visiblement celui d'un mollusque baveux qui se confond avec sa cuisse, il ne fait que de nous livrer son complexe d'Œdipe. Par contre, autant je peux expliquer que « t petite fess » soit sur son dos, autant j'ai du mal à comprendre que l'ensemble, des fesses sur le dos donc, « ressemble a un cercle endicapé » Si quelqu'un à une idée, je suis évidemment toute ouïe. En attendant, je continus de réviser mes classiques ; c'est-à-dire Harry Potter, Buffy Contre les Vampires et Angélique Marquise des Anges parce que moi aussi je m'intéresse maintenant sérieusement à la Psyché humaine.

Dans une seconde partie - on remarque au passage combien cette réflexion est organisée -, après s'en être pris aux caractéristiques physiques de son autre moi, il (l'auteur) s'attaque maintenant à ses attributs vestimentaires donc l'apparence que revêt celui-ci. Il est marquant de constater que les « chessure qui nont rien a voir avec ske ta porter » nous renvoie à un temps passé. Ainsi, les chessure que cet autre moi porte aujourd'hui nont rien a voir avec ske ta porter sous entendu hier. Cette faute de goût évidente trahit incontestablement un ressentiment pour ce qu'elle fut et qu'elle n'est plus. Notre sujet est ainsi rejeté comme pas suffisamment fashion parce qu'elle n'a pas pu trouver des « chessure » en adéquation avec ce qu'elle portait naguère. On voit l'expression d'un amour déçu se manifester avec une virulence sans commune mesure. C'est terrible, pathétique ! Plus grave, elle « est hors Suger ». Lapsus révélateur, d'un temps historicisé, ramené à l'époque de l'abbé Suger qui lui, portait des chessure en concomitance avec son costume de l'avant-veille. Lui était fashion et glamour ; pas l'autre. Et oui ! C'est révélateur d'un conflit terrible, d'un schisme sans précédent dans les relations qu'entretenaient ces deux individus et qui se sont maintenant excommuniés mutuellement.

Enfin, dans une troisième et ultime partie, le règlement de comptes tourne à l'apocalypse finale. L'intensité dramatique de l'expression est ici à son comble. On sort l'artillerie lourde afin de briser l'adversaire définitivement. Non plus simplement sur son apparence, ni sur son aspect mais dans ce qu'il a de plus intime, de plus profond : son identité. Rendez-vous compte, comment peut-on se relever, lorsqu'on a les seins qui ressemblent à « des piq(g)ures de moustik » ?  C'est l'avenir même de cette personne et celle de l'humanité qui est ainsi hypothéqué. Le moustik n'a pas été choisi au hasard. Il est l'incarnation de la manipulation génétique, le vecteur des grandes pandémies,  le suceur de sang, le vampire, l'incarnation des forces du mal. On attend l'intervention immédiate de Buffy, de la girl powerlitude et de toutes ses composantes afin de nous débarrasser de cet avatar, de cette mutante qui a un ventre de cinq centimètres de long et d'un demi-mètre de large, un freonc gonflé à la pompe à ballon et des « chessure » en inadéquation totale avec ce qu'elle a jadis porté. On ne plaisante pas avec ça ; l'heure est grave. Il y en a qui rigolent moins, hein ? Nous sommes ici dans le registre de la guerre préventive de l'élimination des forces du mal et de la justification à venir de l'extermination envisagée. Ce n'est pas un hasard, si le vocabulaire est ici directement issu du répertoire hygiéniste, celui du bacille, du microbe, du virus à combattre et à éliminer. Cela vous rappelle quelque chose, me direz-vous, plein de circonspection ? J'ai toujours pensé que les nazis étaient de grands enfants, pas finis. Mais qu'est ce qu'un National Socialiste ? A partir de quand appartient-on à ce club très sélect ? Heureusement que nous avons de tels écrivains, de tels poètes pour nous mettre en garde sur les menaces qui nous guettent. Parce que moi, j'ai certainement croisé cette personne. Et ben ! me croiriez-vous, si je vous dis que je n'ai rien remarqué de particulier. Là, réside la supériorité de l'artiste sur le commun des mortels, cette faculté de voir des choses que la piétaille que nous sommes ne saurait même imaginer. Effectivement, nous avons été infiltrés par des forces transmutantes qui nous envahissent et ont bâti leur nid, tels des coucous, au sein de notre société. Cependant, devons-nous, pour autant, nous inquiéter de cette épée de Damoclès qui pèse au-dessus de nos têtes ? A priori, non ! Surtout, lorsqu'on sait que leur « chate endiret elle est défformer, elle est mal possitionner ». Le fait que ses organes génitaux soient dans des dispositions particulières, nous mettrait à l'abri de toute tentative d'alienisation de notre humanité. Car, nous pouvons compter sur une quelconque incompatibilité d'espèces ;  tout comme le fut celle des néanderthaliens avec l'homo sapiens. Et pourtant, j'ai bien peur de devoir encore vous décevoir alors que vous ébauchiez un début d'enthousiasme pour une situation qui semblait se normaliser. Si, si, tremblez, frémissez à nouveau, crispez-vous d'horreur pour ce qui vous attend ! Car, il est évident que l'auteur nous livre ici une réflexion prophétique qu'il nous faut comprendre non pas au premier degré mais à un échelon bien supérieur. En effet, la subtilité du raisonnement n'est pas d'affirmer mais de suggérer à travers la formule « endiret » que physiologiquement, il y a une anormalité patente. Mais ce que veut dire notre prosateur, c'est que l'individu dont il est question se présente comme vous et moi, sans que l'on puisse réellement faire de distinction. Je sais, c'est compliqué, il faut mobiliser ses compétences d'exégète expérimenté pour tenter de décrypter les textes inspirés. Et pourtant, il y a cette singularité de sa « chate » qui est « défformer » et « mal possitionner » Je suis resté un long moment dans l'expectative avant de comprendre le message qu'essayait de nous transmettre cette épistolaire missive. Ne vous moquez pas, sur ce catastrophisme, sur cet alarmisme ainsi propagé. Cette inquiétude développée n'est que le fruit d'une réalité ô combien vérifiée et angoissante. Il y a quelques années, j'ai moi aussi fait la connaissance d'une personne qui du point de vue de son anatomie semblait totalement normale. Cependant, au fil du temps, je me suis aperçu qu'elle avait son sexe à la place de son cerveau.

En conclusion, que pouvons-nous affirmer avec certitude sur l'auteur de ce billet ? Après l'enquête sérieuse que nous avons menée, nous pouvons en déduire avec une certaine certitude que la personne recherchée est de sexe féminin. Me demandez pas pourquoi ? j'en ai l'intime conviction. En outre, elle a été formée sans l'ombre d'un doute par l'Education Nationale. En effet, nous avons vu que le style ici exposé, trahissait la contestation de l'ordre bourgeois. Or, il n'y a guère que dans cette noble institution où l'on peut encore trouver des révolutionnaires dignes de ce nom prêts à saborder notre héritage culturel afin de préserver leur ignorance et leur position. De plus, nous pouvons  reconnaître aisément la matrice où l'on a puisé cette déroutante inspiration dont l'innovation nous déconcerte quelque peu. Assurément, au détour de la syntaxe, on découvre comme un air familier avec une autre œuvre universellement reconnue qui a relégué dans nos écoles primaires,  les œuvres d'Homère à Corneille au rang d'infâmes textes has been, issus de la réaction contre- révolutionnaire (si au moins, ils avaient cette culture politique) et surtout contre-culturelle. C'est ainsi que derrière cette structure narrative très complexe, nous identifions immédiatement la nouvelle idole de nos professeurs des écoles et de nos médias. Il y a quelques mois, des parents manipulés, en Normandie, s'étaient quelque peu offusqués que des institutrices (oh pardon ! des professeurs des écoles)  se servent comme support pédagogique à leur enseignement des paroles de Diam's. Visiblement, il n'y a pas que ces deux enseignantes qui ont ce type de références     

Il est vrai qu'à côté de : 

 

Nan, nan, c'est pas l'école qui m'a dicté mes codes

J'suis qu'une boulette, me demande pas si j'ai le bac

.../...

Moi j'aime la rime, et j'emmerde Marine juste parce que ça fait zizir
Y'a comme un goût de bad boy, comme un goût d'Al Capone
[1]

 

Et les vers de Rimbaud ou de Baudelaire:

 

Ce ne seront jamais ces beautés de vignettes,

Produits avariés, nés d'un siècle vaurien,

Ces pieds à brodequins, ces doigts à castagnettes,

Qui sauront satisfaire un cœur comme le mien.[2]

 

Je laisse à Gavarnie, poète des chloroses,

Son troupeau gazouillant de beautés d'hôpital,

Car je ne puis trouver parmi ces pâles roses

Une fleur qui ressemble à mon rouge idéal.

 

Ce qu'il me faut à ce cœur profond comme un abîme,

C'est vous, Lady Macbeth, âme puissante au crime,

Rêve d'Eschyle éclos au climat des autans ;

 

Ou bien toi, grande Nuit, fille de Michel Ange,

Qui tors paisiblement dans une pose étrange

Tes appas façonnés aux bouches des Titans !

Il n'y a pas photo.    

C'est ainsi qu'après avoir été formée par un premier degré rebelle, qui cultive la contestation et l'épanouissement du moi, cet individu a certainement fréquenté le collège (ah, le collège ! quel merveilleux endroit). Libéré des entraves qui l'empêchaient d'exploiter toutes ses capacités, il pourra enfin s'initier à la littérature contemporaine avec des enseignants de français compétents qui lui dispenseront des cours particuliers à 45€ l'heure (c'était le prix lorsque je la fréquentai, il y a dix ans). Plus tard, il fréquentera le lycée où il pourra développer sa réflexion extrêmement complexe qui prendra en seconde, pour l'occasion, cette forme   :

« Cette population se concentrant sur des axes urbains fait le sujet d'une vague migratoire, ce qui fait se développer aux Etats-Unis, le phénomène de migration. »

A 45€ l'heure, il y a vraiment retour sur investissements.  

Ceux qui contestent le niveau atteint ne savent pas de quoi ils parlent. Ou pire, ils ne sont que les porte-paroles du grand patronat qui n'a jamais admis que les masses populaires puissent s'affranchir des règles élitistes qui sévissaient alors. Si bien qu'ils se vengent par une discrimination et par le chômage. Rendez-vous compte, nous avons des bacs plus cinq admirablement formés et cultivés qui sont inscrits à l'ANPE. Cependant, j'observe que les enfants de ces enseignants savent lire et écrire à peu près correctement à défaut que leurs parents puissent véritablement interpréter un texte. Mais, il est évident que ce n'est qu'une question secondaire (le pire, c'est qu'ils sont persuadés qu'ils ont une culture). L'important, c'est de perpétuer la charge à travers eux ; beaucoup seront ainsi appelés à remplacer leurs parents. Ce népotisme fonctionna rial destiné à protéger la médiocrité afin de perpétuer les privilèges de ceux qui sont en place, fait en sorte que rien ne change et que le système ne cesse de se dégrader. Les pouvoirs publics, quand à eux, ont troqué la paix sociale contre la déliquescence de notre culture. Ca ne rapporte pas de voix de défendre la connaissance par contre une élection peut être perdue avec des enseignants et des lycéens dans la rue.

 Puis, on remarque grâce à l'analyse psychologique pointue menée avec autant de maestria que notre auteur est en pleine crise identitaire. Son univers onirique se développe autour de la métamorphose, du corps qui change et qui ne devient pas comme il souhaiterait qu'il soit. De là, le recours à un vocabulaire issu du registre du démoniaque, du monstrueux. Ca ne vous rappelle rien ? Voilà à quoi servent les références telles qu'Harry Potter, Buffy contre les vampires, et Angélique Marquise des Anges. Effectivement, si la littérature ne se résume qu'à la transmission d'un bulletin de santé mentale des protagonistes, alors nous ne pouvons nier que notre billet diffuse un pathos qui enveloppe toute l'intrigue de sa pertinence. C'est ainsi que notre énigme développe des angoisses issues de sa préadolescence et qui nuisent à son entendement. Mais ces craintes risquent à terme de se transformer en traumatisme, si d'aventure, le ressentiment aidant, elle n'existe aux yeux de ses comparses, qu'à travers la capacité et la facilité qu'elle a à rédiger des dissertations pour cinquante francs (pardon, 7.5€, c'était le prix pratiqué) alors que ses copines s'envoient en l'air. La monstruosité qu'elle voit dans le corps de l'autre, n'est du coup que le reflet de sa propre image ; de ce qu'elle perçoit d'elle. Car, si son horloge biologique avance, son horloge mentale reste désespérément bloquée sur cette blessure. Il est évident  que les filles sont beaucoup plus touchées par ce phénomène que les garçons. Ce qui me conforte dans ma décision arbitraire que l'auteur s'identifie à la gente féminine. Imaginez, les questions existentielles que cela posent ! Va-t-elle devenir un être désirable ? Vais-je trouver le prince charmant ? Et puis, toutes ces choses mystérieuses et monstrueuses à la fois : la sexualité, la maternité qui sont mises en exergue. D'autant plus que dans un univers mixte, elles sont sans cesse sous le regard des garçons qui les jugent, qui les évaluent et qui les comparent. Terrible que tout cela ! Surtout lorsqu'on songe que sa vie future en dépend. Alors imaginez, une amie que dis-je, peut-être bien sa plus chère amie, qui en met une couche supplémentaire et c'est la guerre. En effet, de confidente, elle devient concurrente ; c'est-à-dire, une ennemie détentrice de ses plus intimes secrets. A partir de cet instant, nous sommes dans des logiques pré pubères nazifiantes. Il n'y a plus de retour en arrière possible : il faut l'ELIMINER !

Vous pouvez me les amener maintenant les textes de Goldman et de Higelin, ça ne me fait même pas peur ! Ah ! c'est vraiment trop génial la psychologie. Mais, je ne suis pas suffisamment littéraire pour me permettre de soigner toutes ces perversions, psychoses et névroses cumulées. D'autant plus que si tous les problèmes du monde tournent autour de l'utérus de ces dames, je me sens quelque peu étranger à pouvoir les appréhender. Puis, mon style est bien trop lourd pour être efficace en gynécologie ; comme on me le fait régulièrement remarquer. Je commence à comprendre pourquoi la lecture est un genre de plus en plus réservé aux femmes.  J'ignore si Roland Barthes (et non Fabien Barthez) mon semblable, mon frère me regarde de là-haut (je ne suis pas voyant) mais ce que je sais, c'est qu'il y a des gamines à la trentaine bien entamée qui n'ont jamais réussi à dépasser leur adolescence. Celle là même qui est prête à entraîner dans son naufrage les personnes qui ont eu le seul tort, un jour, d'avoir croisé son chemin. Au-delà des « élucubrations pseudo littéraires de cette malheureuse avide de reconnaissance de ses semblables »  et qui m'intéresse peu, il y a un être qui détient la réponse à une de mes questions. Mais pour y répondre, il faudrait qu'elle devienne enfin adulte. Ce qui n'est pas pour demain. Voilà pourquoi, comme le dit si bien Ovide dans les Métamorphoses, mundus altris pescis plenus.  

   

PS : Si elle a lu l'œuvre de Tolkien comme celle de Stendhal, on risque de passer encore de bons moments. Mais, comment dit-elle, au fait ? Je dis ça, je ne dis rien.               


 


[1] La Boulette, Diam's 

[2] L'Idéal, Baudelaire ; les Fleurs du Mal