Première partie

Ouf ! J’ai terminé la lecture du bouquin de Michel Onfray : Le crépuscule d’une Idole, l’affabulation freudienne. Que dire ? Perplexe, c’est le moindre des mots qui me vient à l’esprit. Non pas sur le fait que la psychanalyse soit une fable ; je n’ai pas attendu Onfray pour le savoir. En fait, ce livre, je ne l’aurais jamais lu,  si une amie, connaissant mon hostilité pour cette pseudoscience, n’avait eu la délicatesse de me le prêter pour le temps des vacances en insistant pour que je le lise. Je me suis fait violence pour m’y mettre et j’ai bien failli à plusieurs reprises en abandonner la lecture en cours de route. En effet, que pouvais-je y trouver d’autre que je ne savais déjà ? Je détestais l’imposture psychanalytique, les psychothérapies en tous genres, la psychologie et toutes ces déclinaisons.  Ce n’est donc pas en parcourant un ouvrage qui prétendait dénoncer l’affabulation freudienne que j’allais changer d’avis. 
Quant à son auteur, je le connaissais, bien sûr, depuis au moins une dizaine d’années. Je partage avec lui ce goût qu’il a pour les présocratiques et surtout celui qu’il a pour Nietzsche. C’est un homme qui a assurément ce don pour la communication, qui expose clairement son argumentaire construite sur une rhétorique rodée et extrêmement efficace qui paraît  si simple et si limpide à son écoute ou sous sa plume. J’aimais l’écouter fracasser le monothéisme sans autre concession que celle que lui procurait sa conviction puissamment soutenue par le discours nietzschéen. Pour une fois qu’on entendait une parole qui sortait des lieux communs, de la pensée unique, du tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil  que toutes les religions sont tolérantes et font preuve d’amour et autres inepties de ce type, lui, au moins, avait le mérite de mettre les pieds dans le plat. Même si à la longue, on se lasse un peu que le christianisme soit l’unique bouc émissaire de sa virulence. Je veux bien croire qu’il est la religion dominante (du moins en France) pour justifier de son courroux mais des trois monothéismes, la religion chrétienne est la seule qui ne soit pas révélée mais procède du témoignage. Elle est donc infiniment moins dangereuse que ses deux comparses qui elles sont totalitaires et totalisantes. Je l’ai bien entendu à une ou deux reprises parler de fascisme vert concernant l’Islam notamment pour pourfendre l’idée qu’il puisse exister une quelconque modération dans une parole qui se prétendait être issue de Dieu lui-même. Puis, une autre fois, il a bien  soulevé le problème du judaïsme mais aussitôt il a refermé le couvercle  en prétextant que cette croyance ne concernait que peu de monde donc il était inutile de s’étendre sur le sujet.
Habileté tactique, pense-t-on, histoire de na pas déchaîner en même temps toutes ces forces de la nomenklatura bien pensante plus à même de sacrifier un enseignant philosophe à une fatwa parce qu’il a eu le tort de lire le Coran,  plutôt que de se plier à l’idéologie dominante dans une salle des profs. A l’occasion, j’ai même entendu quelques syndicalistes persifleurs dire qu’il avait récolté ce qu’il avait semé. Bravo la solidarité ! Bref ! Onfray, dans ce concert de lâcheté généralisée où il semble de plus en plus évident que la liberté d’expression a été bradée sur l’autel de la paix sociale et de l’idéologie gauchisante, était celui qui n’hésitait pas encore à monter au créneau pour y exposer une pensée, une réflexion, qui s’appuyaient sur des textes raisonnables et non sur l’exaltation de bons sentiments creux.
En 1999, paraissait en France dans l’indifférence généralisée d’une presse nationale qui demeura muette, un texte qui avait quatre cents années d’âge, qui en d’autres circonstances et surtout s’il avait porté un autre titre, aurait suscité un engouement sans pareil. On raconte, en son temps, que la Reine Christine de Suède avait engagé une véritable fortune pour qu’on lui  trouve une copie du manuscrit en question. Elle est morte sans l’avoir eu entre les mains.  Mais voilà, il semblerait que le dix-septième et le dix-huitième siècle étaient infiniment plus impertinents que notre époque où règne l’incertitude ; et dans l’inquiétude, il vaut bien rester couvert. Etonnant ! alors qu’on ne cesse de nous rabâcher que notre République laïque porte au pinacle de ses institutions sa constitution, ses libertés fondamentales. En ces temps difficiles, où l’on réinvente le délit d’opinion à travers des lois liberticides, où l’avocat d’un Président de la République ayant appelé « chacun au plus grand esprit de responsabilité, de respect et de mesure pour éviter tout ce qui peut blesser les convictions d'autrui », est dépêché en urgence pour défendre les intérêts sectaires de l’obscurantisme, où un député UMP du Gard dépose une proposition de loi  visant à interdire les propos et les actes injurieux contre toutes les religions, où il était désormais acquis qu’il est malvenu de débattre de certains sujets pour éviter de déclencher l’ire et les foudres de ceux qui pensent que la terre est plate, [ ce Traité des trois imposteurs Moïse, Jésus, Mahomet quand bien même on ne peut l’attribuer entièrement à Spinoza (ce texte est d’essence spinozienne) n’a jamais été autant d’actualité. Quel rapport avec Onfray et Freud, me direz-vous ? Et bien, nous sommes ici dans le cadre d’un même combat : à savoir, démonter une affabulation qui se veut être inattaquable comme le fit en son temps l’esprit de Spinoza à propos des trois monothéismes zélateurs. Cependant force est d’avouer que le philosophe normand n’est pas celui d’Amsterdam. 
Je connaissais donc l’auteur grâce uniquement à ses interventions télévisuelles où il était fréquemment convié pour nous jouer son sempiternel numéro dont je ne me lassais pas ; car il me faisait rire. Tout semblait réglé au millimètre, selon un pacte préétabli. Il faisait son numéro en  tapant sur le christianisme en se servant de Nietzsche, sans trop écorner les autres fanatismes bien plus virulents et généralement ça fonctionnait. Cependant, de ses prestations je ne retenais de sa pensée profonde que son athéisme avéré, le fait qu’il soit nietzschéen mais aussi marxiste et freudien : autant dire  qu’il me déroutait totalement ; suscitant l’interrogation et le mystère amusé. Sur son interprétation nietzschéenne, je me ralliais aisément à son panache blanc et quand à sa passion pour les textes anciens et notamment présocratiques, je nourrissais les même penchants. J’avais donc tout pour m’identifier avec cet auteur. A ceci près, que je ne comprenais pas comment on pouvait se dire à la fois nietzschéen (ce qu’il était assurément), marxiste et freudien ? De la même façon, j’ignorais totalement qu’on puisse être un nietzschéen de gauche ou de droite : ça me semblait tout aussi loufoque qu’une illusion incarnant une vérité de mon camarade C***. Bien entendu, je me suis dit qu’ici intervenait l’élément stratégique dans sa position ; à savoir comment ménager ses arrières en faisant semblant d’appartenir à la meute bien pensante tout en y introduisant l’élément subversif. Génial ! pensais-je. D’un seul coup, il y avait à nouveau du sens dans sa démarche. L’université populaire de Caen, ses engagements politiques à l’extrême-gauche pouvaient tout aussi bien être sincères que servir de contre-feu, le cas échéant. D’autant plus, que pour un hédoniste convaincu, il est plus facile de s’envoyer de jeunes étudiantes en leur contant les vertus miraculeuses de la psychanalyse (elles en sont friandes) et la générosité sous la dictature du prolétariat de Marx que de s’étendre sur l’austérité de Démocrite ou d’Epicure (pas très bandant). Une fois, j’ai essayé de faire partager ma passion pour mes tragiques grecs à une donzelle ; elle a cru que j’étais déprimé. Sans doute, n’avais-je pas l’éloquence et le talent de notre pédagogue.  Elle voulut me pousser à mettre fin à mes jours en prétextant de la fébrilité de mon état psychique. Dans son entendement le fait de rajouter la peste au choléra n’était pas bien grave étant donné que j’étais, pour elle, déjà malade avant. Et lorsque je suis venu lui demander quelques explications, elle m’a indiqué, pleine de compassion, quelques adresses de psychanalystes en m’affirmant, sans rigoler, que la (ou les) première(s) séance(s) étai(en)t généralement gratuite(s). Ah ! répondis-je tout ému par tant de bonté et de bienveillance. On remercie mille fois l’intéressée et on se risque à émettre une réserve quant au remède. Et là, pour ceux qui douteraient que cette pseudoscience soit une religion, il suffit de voir les yeux d’une de ses illuminées pour en comprendre tout le délire. J’en rigole aujourd’hui mais à l’époque, j’en souriais bien moins. Je n’ose imaginer la suite si j’avais été vraiment dans l’état où elle souhaitait que je fusse. Sans doute, il n’est jamais bien facile  de prendre conscience  du degré de perversion de la personne pour laquelle on a des sentiments mais là, le désir de comprendre dépassait et continue de dépasser les limites même de ce que la bienséance exige. En fait, avec le temps, on se dit qu’il aurait mieux valu lui conter les vertus de la psychiatrie. Ce que je fais aujourd’hui en adressant ses lignes à ma bloggeuse préférée qui ne lit que des « auteurs vivants » (qui seront morts avant même la date de leur décès alors que ceux qui sont trépassés hier sont encore vivants aujourd’hui). Elle trouve l’époque de la Renaissance aride et l’Iliade terriblement ennuyeuse (ouf ! j’ai réussi à tout replacer) ; sans doute, parce que ces périodes ne sont pas assez psychotiques à ses yeux. 
Lorsque j’étais lycéen, je me souviens avoir attendu avec impatience les cours de philosophie qui allaient enfin éclairer mon pauvre esprit ignorant. On m’avait dit tellement de bien de cette science qui  révolutionnait notre existence que j’avais hâte de partager les secrets de ce saint Graal pour devenir enfin intelligent. Et puisque j’étais trop feignant pour lire tout seul l’œuvre du prophète, je comptais sur ma prof de philo pour me donner ce savoir qui me faisait tellement défaut. Il faut dire qu’à l’époque si Freud faisait bien partie du programme, Nietzsche n’y figurait pas encore ; peut-être parce qu’il était trop sulfureux. La révélation eut effectivement lieu mais pas dans le sens où je l’attendais. Est-ce les deux doigts de cartésianisme que j’avais en ma possession qui s’imposèrent finalement ? J’avais du mal à accepter qu’un chapeau puisse symboliser un pénis ; la serrure d’une porte, un sexe féminin et j’en passe, et des meilleurs. Et lorsque, je demandais, plein de bonne volonté, comment cette géniale intuition était parvenue à l’esprit de notre Maître vénéré et qu’est ce qui prouvait qu’il avait raison, les réponses devenaient évasives, brumeuses, gênées pour finalement s’arrêter sur une sentence sans appel du genre : « c’est Freud, qui l’a dit ». Je me souviens aussi avoir dit à ma voisine de table qu’il était certainement malheureux pour sa libido nocturne que la mode de notre époque ne soit plus au couvre-chef ; nous, au moins, on avait toujours des serrures à nous mettre sous la dent ou dans les mains le cas échéant. Quelle frustration pour elle, quand j’y repense ! Bien entendu, on nous fit le topo sur l’Œdipe freudien qui finit par me persuader qu’on me prenait pour un con. J’étais intimement convaincu que ces élucubrations, pleines de castrations, d’incestes et je ne sais quoi encore, ne concernaient que lui, celui qui en parlait, uniquement lui et peut-être éventuellement ceux qui se reconnaissaient dans cette perversion. Sans doute fallait-il y voir une des conséquences de ma passion pour la Grèce ancienne qui me forçait à avoir une autre interprétation que les délires névrotiques d’un auteur enfermé dans un dialogue de lui à lui. Ignorant superbement ce principe élémentaire qui est un des fondements de la philosophie hellénique  et que Platon développera à savoir : que le Même ne peut se concevoir et se définir que par rapport à l’Autre, à la multiplicité des Autres, pas forcément à l’égard de l’étranger comme on aime à le traduire habituellement mais vis-à-vis de l’étrangeté. Si le Même reste refermé sur lui-même ou sur son double, il ne peut y avoir de pensée possible. Il en résulte une singularité de chacun qui ne saurait être réduite à une unicité telle que la souhaiterait le monothéisme triomphant. La multitude de chaque singularité est le meilleur cadeau que nous puissions faire aux autres.  Or, c’est exactement l’inverse que nous proposait Freud. Une théorie qui niait la diversité humaine et qui dressait un modèle dans lequel était enfermée l’humanité entière. Pas étonnant, dans ces conditions, qu’elle a très vite intéressé les régimes totalitaires. Que le judéo-christianisme haïsse le corps, développe des frustrations, des inhibitions et du ressentiment, au même titre que n’importe quel autre totalitarisme qui prétend s’immiscer dans la vie de l’individu de sa naissance à sa mort ; cela est un fait.  Que la généalogie de la psychanalyse parte de la castration et du meurtre du père tyrannique pour permettre à ses enfants d’usurper la position dominante, cela ne concerne que l’héritage culturel de son auteur. Les nazis en ont fait  une « science juive ».  Il est facile pour ses défenseurs d’assimiler la moindre critique concernant cette opinion à de l’antisémitisme. Et qui dit antisémitisme, dit négationnisme et dit au final : nazi. Curieuse dialectique que celle-ci que l’on pourrait facilement retourner contre leurs auteurs en utilisant ce vieux principe de cours d’école de maternelle : « c’est celui qui dit qui l’est ». (Mais, j’y reviendrai plus tard lorsqu’il s’agira de s’intéresser à la réaction des tenants de la secte sur la publication du livre d’Onfray).  Si la religion juive est interpellée, c’est uniquement parce qu’elle est à la source et qu’elle s’invite dans la réflexion du père de cette idée. Qui pourrait nier que la judéité de son auteur regarde la pensée qu’il a enfantée ?
Les défenseurs de la cause n’hésitent pas à signaler qu’il faut séparer l’auteur de son œuvre. Sans doute, ont-ils raison concernant la plupart des littérateurs. Mais voilà, le freudisme n’est pas une matière littéraire comme une autre. Il se prétend science et  il est censé révéler  notre inconscient tout en  débusquant nos pulsions secrètes à partir de l’expérience de son promoteur. L’analyse est le rite d’initiation pour tout nouvel adepte. Notre initiateur ne s’est pas privé d’ailleurs de dresser un portrait psychologique peu flatteur d’un ancien président des Etats-Unis mort depuis fort longtemps, uniquement sur des témoignages et sur des sources épistolaires, initiant officiellement par là, une psychanalyse de destruction massive. A savoir comment s’en prendre à un mort afin de détruire jusqu’à sa mémoire. Qu’on vienne me dire qu’elle est profondément humaniste et qu’elle est destinée à atténuer la souffrance humaine.
Déçu par cette première approche, des doutes plein la tête et énormément de questions, je désirai comprendre pourquoi il me semblait être le seul à ressentir cette perplexité. Cependant, il n’est pas évident d’affirmer ses incertitudes dans une société qui est complètement acquise à un délire collectif. Du moins, c’est l’impression que l’on a. La moindre question quelque peu pertinente fait de vous un anormal qui a besoin de s’allonger. Le divan avait pris la forme de l’autocritique maoïste où on allait déceler chez vous l’anormalité de votre embarras. Alors, nous essayons de trouver des réponses par nous-mêmes. Encore fallait-il pouvoir accéder à une biographie qui ne ressemble pas à une hagiographie. Or, à cette date, toutes se rédigeaient sur le mode de la révélation et de l’encensement d’un homme qui s’était donné corps et âme à sa nouvelle science pour le bien de l’humanité. En clair, nous avions affaire à un nouveau saint. Le processus de béatification suivait son cours et malgré cela, je n’arrivais pas à obtenir de réponses simples à des questions de bon sens comme : est-ce que ça soigne ? Où sont les études, etc. ? Systématiquement, on me citait la guérison quasi-miraculeuse d’Anna O et de quelques autres cas tirés de la légende dorée de l’auteur. Mais à part cette référence à Capharnaüm, il n’y avait rien d’autre pour étayer la pertinence de ces thèses. Pourtant, on m’avait appris à douter de tout et de ne tenir pour vrai que ce qui avait été dûment vérifié par l’observation et l’expérience. Principe élémentaire de cartésianisme, qui à peine énoncé, était déjà remis en cause par ceux là mêmes qui vous l’avaient enseigné.  Pour ma part, je n’avais aucune envie de coucher avec ma mère, ni de flinguer mon père même si cette idée était enfouie dans mon inconscient. Cette conviction que j’étais en présence d’un canular s’est forgée progressivement tout simplement parce que ça ne résistait pas à l’épreuve du doute.
Dès lors, mon rapport à la psychanalyse était teinté d’une profonde indifférence. Je l’ignorais tant qu’elle ne s’invitait pas dans ma vie. Il en allait de même de toute cette intelligentsia qui continuait à penser que l’Union Soviétique était le paradis du socialisme sur terre et qui malgré l’implacable intransigeance de la réalité voulait et continuait à demeurer victime de l’ illusion. C’est sur ce modus vivendi que j’entretenais mes relations avec les tenants de cette « thérapeutique ». De toute façon, il fallait mieux s’abstenir de toute critique car contester sa toute puissance faisait de vous un malade qui refoulait sa pathologie et refusait l’aide qu’on pouvait lui apporter. Puis, il y eut cette rencontre avec  l’œuvre de Marguerite Yourcenar. J’avais découvert les Mémoires d’Hadrien étant enfant et depuis, je n’ai jamais cessé de manifester mon enthousiasme en parcourant ses lignes ou en écoutant ses interviews radiotélévisés. Elle a toujours été, pour moi, bien plus qu’un simple écrivain une éveilleuse, une sagesse avec laquelle je souhaitais pouvoir un jour m’identifier. Elle avait dans son style cette culture classique que j’aimais tant.  Et pendant fort longtemps, elle a réussi à me faire croire qu’Hadrien était Grec et que Rome était un appendice de la Grèce. Toujours est-il, que je découvrais dans sa prose les mêmes objections que j’avais soulevées à propos de la psychanalyse.  Il y a certainement une grande jubilation à découvrir la personne pour laquelle nous avons un grand  respect intellectuel  être d’accord avec ce que vous pensez. D’un seul coup, on se sent moins seul. Comme elle, je me révoltais contre la récupération freudienne des mythes grecs et leur interprétation à travers le filtre de la psychanalyse. Non seulement, ces gens-là méconnaissaient totalement la signification d’un mythe mais le pervertissaient en le corrompant de leurs élucubrations délirantes. C’est ainsi qu’elle n’hésitait pas à dénoncer cette supercherie qui consistait à ouvrir «  la boite de Pandore pleine des richesses inépuisables et puantes du subconscient » tout en préconisant « une sage méfiance à l’égard de nos systématisations  d’aujourd’hui, de nos explications freudiennes ou marxistes des grands mythes de la préhistoire. Ce qu’elle reprochait à Freud, c’était d’avoir construit sous couvert d’émancipation (mais tous les totalitarismes procèdent ainsi), de nouvelles geôles aux êtres humains qui deviennent prisonniers de leurs pulsions, fantasmes et refoulements. Et pour ma part, j’aurais tendance à ajouter que sous couvert de vouloir  déculpabiliser l’être humain, la psychanalyse a inventé une nouvelle forme de culpabilisation bien plus insidieuse, bien plus perverse que la précédente.  M. Yourcenar se méfiait particulièrement de l’interprétation freudienne des rêves, de l’inamovibilité du symbole que le médecin viennois avait pérennisé.  « Le freudisme n’a pas assez vu dans le symbole son élément de métaphore, de pur jeu esthétique. Il tend à lui attribuer une intensité obsessionnelle qu’il n’a pas toujours », ajoutait-elle dans  Les Songes et les Sorts. Toujours dans la préface du même ouvrage (un texte qu’elle n’a pas eu le temps de terminer), elle lançait de manière définitive ce constat sans appel :   « l’hypothèse freudienne donne une équation à peu près satisfaisante du mystère des songes ; par des voies différentes, les théories occultistes parvenaient au même résultat, ainsi que les mages de Pharaon. Sous des appellations diverses, c’est toujours la même somme qu’on retrouve au fond du trébuchet. Les problèmes de l’esprit sont naturellement sans limites et celui du rêve possède sans doute un nombre infini de solutions. »  Il n’était guère besoin d’attendre le livre d’Onfray pour être au fait de cette réalité. En clair, le freudisme, cette médecine miraculeuse qui reposait sur des postulats évidemment scientifiques et qui avait pour objectif de soulager les êtres humains de leur souffrance n’avait pas plus de valeur que celle que nous  dispensait depuis l’aube de l’humanité, les magiciens, les thaumaturges  et les devins de toutes sortes. Mais à ceci près que cette nouvelle pierre philosophale se pare de tous les attributs de la science contemporaine et que les patients qui poussent la porte de l’un de ses professionnels sont convaincus d’avoir affaire à des spécialistes reconnus par les institutions. Si le fondateur de la discipline était quelque peu douteux, que penser de ses successeurs qui vont appliquer sans discernement quelques préceptes freudiens qui ont été systématisés et vulgarisés à outrance et qu’ils vont utiliser sans grande rigueur ? 
Mais, Marguerite Yourcenar était bien plus virulente encore à l’égard de cette intelligentsia culturelle qui se revendique héritière de cette spéculation. Reprenant un des principaux thèmes qu’elle avait développé déjà dans cet essai prémonitoire, absolument génial d’âpreté et de réalisme  qu’était Diagnostic sur l’Europe écrit entre les deux guerres.  Et pour cause, notre époque est à l’exacerbation narcissique de notre ego, au rejet de l’académisme dans la littérature, pire à la destruction de notre culture, « ce bris de formes, cette dissolution du sens, cet abandon de la raison et de la connaissance au profit de la tyrannie de l’inconscient, cette tentation du chaos », nul autre plus qu’elle n’avait été autant lucide sur cette réalité qui l’habitait.  Si elle était très hostile à la psychanalyse, elle l’était tout autant à l’égard des surréalistes qui avaient épousé le même combat de mort.

Marguerite Yourcenar. Photo trouvée dans une librairie berlinoise lors de mon escapade de l'an passé


Avec l’auteur de l’Œuvre au noir comme alliée, je me sentais un peu moins seul dans mon opposition.                                     
Quand bien même, de jour en jour, je voyais autour de moi des personnes succomber aux chants des sirènes de ces histrions de la belle parole, je restais dans l’expectative. Après tout, se dit-on, il n’y a pas de mal à se raconter sur un divan et à penser qu’on va mettre en lumière de cette façon, son inconscient. Jusqu’au jour où l’on se réveille et que l’on s’aperçoit que les tenants de cette fantaisie ne sont pas ces doux rêveurs philanthropes en quête chimérique de l’inconscient mais bien qquelque chose qui pourrait s'apparenter à une secte dangereuse, liberticide qui noyaute la société à l’aide de son idéologie.
Entre-temps, on mesure l’incompréhension qui nous sépare ou plutôt l’impossibilité pour ces adeptes du divan de comprendre que l’on puisse penser différemment. Je me souviens de cet entretien de Jean-Pierre Vernant accordé à Pierre Kahn,  à la suite de la parution de La mort dans les yeux où nous avions affaire à un véritable dialogue de sourds. Et pourtant, Vernant a été, en tant que structuraliste, très proche de cette mouvance ; en rappelant qu’il a appartenu « à une époque et à une culture que la psychanalyse a marquées. » P. Kahn se sentant en terrain conquis, n’hésitant pas à se référer aux publications passées, interprète le travail de Vernant à l’aune de ses références analytiques comme il l’aurait fait vingt années auparavant. Le problème c’est que l’historien-philosophe entre-temps a évolué dans sa réflexion et n’hésite pas, lui, (contrairement à certains) à le proclamer. Et lorsque le psychanalyste tente manifestement de donner un sens analytique au travail du penseur, il se heurte à une opposition nette et franche à laquelle visiblement il ne s’attend pas. Deux visions radicalement contraires se font face. D’un côté, celle du psychanalyste qui examine une civilisation complètement différente de la nôtre à l’aide de ses systématisations freudiennes, de l’autre l’anthropologue. L’un ne retient du mythe de Persée que la décollation de Gorgô qui s’inscrit dans l’univers du complexe de castration énoncé par Freud en 1922, qui associe la chevelure de Méduse à autant de pénis et dont le foisonnement est censé atténuer l’horreur de son absence. L’autre, lui rétorquant que lorsque les Grecs pensaient : «  phallus », ils signifiaient « phallus » en n’hésitant pas à l’exhiber, le cas échéant. Il n’y avait dans cette civilisation aucune haine du corps , contrairement aux sociétés façonnées par le judéo-christianisme. On ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire lorsqu’après avoir émis son hypothèse, il revient à la charge à travers le mariage des jeunes Lacédémoniennes à l’occasion duquel on leur coupait les cheveux. Bien entendu, notre psychanalyste suivant le modèle patiemment appris y voit - devinez quoi ? – la castration (chez eux, c’est une fixation qui ressemble bien à une perversion tout de même). Enfin, le but est de démontrer, même si ce n’est pas totalement dit, que la femme est naturellement inférieure à l’homme de par son absence de pénis (la psychanalyse est donc misogyne). Pire, pour compléter son interprétation, il n’hésite pas à nouveau à faire intervenir son Maître qui soulignait la forte homosexualité de la culture grecque. Ainsi, « ceci rend logique, selon lui, que la figuration par excellence de l’effroi ait été chez les Grecs une figure de castration féminine. » Cela fait sourire, bien sûr, que tant de stupidités puissent être non seulement pensées mais dites avec tant de sérieux que nous demeurons confondus par l’ignorance de leur auteur. Consternant !   Vernant reprend et résume les allégations énoncées :

La maison des Vetii - Priape


« 1 Longue chevelure flottante = virilité intense = phallus.
   2 Couper les cheveux = féminiser par l’extirpation du viril = castrer
   3 Foisonnement serpentin et terrifiant des cheveux de Méduse = agressivité phallique.
   4 Décapitation de Méduse = castration du monstre féminin. »
Enoncées de la sorte, nous mesurons combien la psychanalyse repose sur quelques postulats. Elle nie l’objet (l’individu, la culture, la civilisation) pour mieux fantasmer sur la cohérence de cette logique particulière issue d’un esprit qui a des problèmes. Le thérapeute se moque du mythe ; il en a déjà cerné sa vérité. Le thérapeute se fout de l’histoire ; elle est réinterprétée en fonction de ses fantasmes. Le thérapeute méprise l’individu, l’identité et sa culture ; il le confine à un modèle qui nie sa diversité et sa singularité.  On se demande comment cette « science »  a pu avoir un tel succès.

Céramique à figures rouges


A toutes les questions énoncées plus haut, l’historien répond d’un non catégorique et se permet ensuite de livrer à son interlocuteur ce qui le sépare de sa matière. En fait, c’est une véritable définition de ce que peut être une science humaine à ses yeux qu’il nous livre ; sous entendu à peine voilé que la psychanalyse n’en est pas une. Ainsi, « La psychanalyse a un modèle en tête, qui lui vient de sa formation et de sa pratique professionnelle. L’anthropologue en a aussi , bien sûr, mais dont, par métier, il se méfie, parce qu’il a acquis dans son travail même la conviction qu’il existe une relativité des phénomènes culturels et que chaque civilisation, localement et temporellement située, comporte des traits spécifiques qui ne permettent pas son assimilation pure et simple à celle dans laquelle nous vivons et qui nous est comme naturelle. C’est pourquoi il se méfie de toute forme d’interprétation symbolique immédiate et universelle. Au lieu d’appliquer des modèles symboliques qui auraient valeur d’archétypes, il construit chaque fois son modèle interprétatif en regroupant les divers traits de son matériel documentaire de façon à les situer les uns par rapport aux autres suivant une configuration où chacun trouve alors sa place en s’articulant à un ensemble significatif. » Alors, je sais que pour Julia Kristeva, célèbre psychanalyste qui se répand sur les ondes aujourd’hui, le reproche que l’on fait à Freud date d’un autre siècle et ne relève que du débat épistémologique mais j’ai bien peur qu’une véritable définition d’une science humaine ne puisse s’en contenter et accepter comme postulat que ses désirs ont valeur de réalité 1.  
On comprend alors pourquoi cette interview a été intégrée à l’essai. On soupçonne qu’il s’agissait pour Vernant de se démarquer définitivement de cette discipline. Et de conclure son entretien, par cette ultime mise en garde  : «  je ne crois pas que la psychanalyse puisse proposer un modèle d’interprétation à valeur générale et qu’il s’agirait seulement d’appliquer ici ou là. C’est une façon de penser et de vivre la psychanalyse que j’appellerai « illusion », comme il y a un mode illusoire de vivre et de penser le marxisme.»
Ainsi, si même Vernant prenait ses distances, j’avais tout lieu de penser que les objections que j’émettais, n’étaient pas aussi dénuées de fondement. Plus tard, un ami me fit  découvrir Nietzsche. Et là, ce fut une illumination intellectuelle. A l’occasion, je m’apercevais que Freud avait littéralement pillé l’œuvre du philosophe allemand, bien qu’il s’en défende. Pire, il l’avait travestie. Onfray a raison lorsqu’il dit que le freudisme n’est ni plus ni moins qu’un nietzschéisme. Mais, un nietzschéisme qui ignore superbement l’éternel retour et la volonté de puissance. Autant dire qu’il en fait autre chose qui n’a plus rien à voir avec l’original. L’inconscient n’était certainement pas sa grande découverte malgré ses affirmations et celles de ses adeptes. Que penser d’un scientifique qui bâtit toute une méthode fondée sur la parole alors que cette dernière est, dès son origine, gâtée par un mensonge ? Puis, il y a eu ma rencontre apocalyptique avec cette personne qui apprenant mon affection pour elle, et pour laquelle je ne nourrissais aucune prétention particulière, à son endroit si ce n’est de lui permettre  de réaliser ses vœux en disparaissant le plus rapidement possible de son existence, souhaita me mener à mon trépas en guise de pot de départ. Au-delà, du jugement moral que l’on puisse porter sur la personne et qui ne regarde qu’elle aux regards de ses proches, la situation me semblait  suffisamment insolite pour que nous nous interrogions sur l’état mental de l’individu en question. Or, je n’ignorais pas depuis ses bons offices qu’elle consultait ces éminents « scientifiques ». Il me fallait  saisir ses motivations qui me permettraient de donner du sens au néant qui s’entrouvrait en dessous de moi. Parce que dit de la sorte, cela n’a pas beaucoup de signification. Mais, il suffit de se convaincre de ce que peut signifier l’absence totale de mobiles qui détermine votre condamnation pour prendre conscience de l’horreur de la situation. Cela dépassait la perversion de cet individu pour me plonger dans une question existentielle fondamentale sur la nature de notre absurdité au monde. Obsession terrifiante, gouffre immense, béance sans fond, voir cette Puissance de mort dans les yeux, c’est cesser d’être soi-même, cesser d’exister en étant vivant ou plutôt être une sorte de funambule déambulant sur un fil qui tangue alors qu’on a le vertige. En quelques secondes, dans ce face-à-face morbide, dans cette fascination épouvantable avec cette Kere hideuse, nous perdons notre substance, notre consistance pour devenir, redevenir chaos.  C’est à cette occasion que je pris véritablement la mesure (ou que je ressentis, plutôt)  ce que Schopenhauer voulait dire lorsqu’il voulait qu’on lui montre « une quelconque cause au mal (et quand bien même cette cause serait-elle l’inexcusable maladresse d’un dieu) et il ne s’en plaindrait plus. La douleur n’est injustifiable qu’en tant qu’elle est sans cause, même maligne. »  lançait Clément Rosset, à propos de Schopenhauer.  Il me fallait comprendre. Elle avait hypothéqué mon présent : je souhaitais en connaître les raisons. Or, la psychanalyse pouvait être la clef de l’énigme dans la mesure où elle entretenait des rapports avec elle. Il s’agissait de savoir si elle avait été la cause ou la conséquence de l’infamie. 
C’est à cette époque que j’ai ré-ouvert le dossier concernant cette matière en m’y intéressant quelque peu à mesure que les informations me parvenaient. Il faut dire qu’au début des années deux mille, la psychanalyse était particulièrement sur la sellette des pouvoirs publics. Je découvrais estomaqué, à l’occasion, que non seulement, elle ne soignait pas ; mais qu’en plus, elle pouvait être néfaste. Nombre de témoignages remontaient à la surface où il était question de véritables viols psychiques. Combien de patients auxquels on a insufflé comme explication à des pathologies mineures, d’hypothétiques incestes, sévices sexuels subis pendant leur enfance par leurs proches? Combien de familles ont été brisées, d’individus déstructurés, peut-être même de suicides ? Nos spécialistes nous répondent que c’est le fait d’analystes véreux. Mais jusqu’à ce jour, je ne sais toujours pas ce qui distingue un « véritable professionnel » d’un charlatan. Peut-être parce que les deux se confondent ? Pourtant, ils nous avaient promis de clarifier la situation. Où en est-on ?
Toujours est-il, que les pouvoirs publics décidèrent de légiférer pour tenter de réglementer quelque peu la profession : c’est le fameux amendement Accoyer. A cette occasion, je me souviens de l’intervention télévisuelle d’un des principaux chefs de fil de la mouvance psychanalytique en France, le frère d’un non moins célèbre animateur analyste dont la crétinerie est tout juste proportionnelle à son narcissisme, qui ne me laissa guère indifférent (je crois même qu’il y avait Onfray sur le plateau). En effet, il n’est pas courant de voir un universitaire commencer son intervention de manière calme et posée (même si on sentait qu’il se contrôlait) et finir son argumentation bouffi de rougeurs, en fracassant la table de ses poings et vociférant sa colère dans un monologue creux. Le spectacle était navrant.  Régression se demande-t-on, d’un enfant qui nous fait son caca-boudin parce que nous l’avons contrarié ? Puis, en y resongeant, on se dit, que ce que nous avons retenu de sa prestation, c’est son comportement qui était censé traduire sa fureur. On essaie désespérément de se rappeler les arguties énoncées qui marquaient son opposition radicale à la future loi. Et là, c’est le vide ; du moins rien qui ne méritât qu’il se mette dans un état pareil. Bravo la diversion –pensons-nous! Mais, en y réfléchissant, nous ne pouvons pas croire un seul instant que ce fut prémédité. Cet homme était assurément malade.
La loi fut votée mais curieusement les décrets d’application n’ont jamais été publiés. Est-ce un hasard ? Il y eut aussi, approximativement à la même période, le rapport de l’Inserm commandé par les instances gouvernementales qui démontrait l’inutilité des « psychothérapies relationnelles » (la psychanalyse). Mais, coup de théâtre,dès sa parution, il  a été aussitôt étouffé par le ministre de la santé de l’époque. Serait ce, là encore, un coup du sort ? C’est aussi à cette époque, par un curieux hasard, que je suis tombé sur un article qui rapportait les résultats d’une étude et qui démontrait que les guérisons que l’on attribuait à Freud n’étaient que pure invention. L’article portait plus précisément sur le cas Anna O. Aussitôt, j’en fis part autour de moi mais je dois bien avouer que je n’eus guère le succès escompté. Dernièrement, en faisant le tri dans mes rushs vidéo afin de faire un montage sur le baroque romain, j’ai redécouvert sur le fond sonore la discussion que nous eûmes avec un ami lors d’une visite à Saint Paul hors les murs à Rome. Ce dernier venait de feuilleter le Livre noir de la psychanalyse qui quelques mois plus tôt était paru. Quelle ne fut pas sa déception en apprenant qu’Anna O n’avait jamais été guérie, en se souvenant de ce que je lui avais dit ? Et de s’exclamer irrité, à propos des psychanalystes : ils me racontent qu’ils le savaient ; mais pourquoi ne le disent-ils pas ?
Enfin, dernier rebondissement de ma relation avec la psychanalyse, c’est le fait de découvrir que nous pouvions être amenés à fréquenter ses éminents spécialistes en dépit de notre volonté. C’est ainsi  que sous couvert d’organisme de formation professionnelle commandité par de grandes institutions publiques, ces derniers récupèrent une clientèle payée par les deniers de l’Etat. Cela dit, l’artifice fit long feu. Il suffit d’avoir au téléphone la responsable en question, incapable de vous donner l’adresse où vous devez vous rendre ( ce n’est pas faute de lui avoir demandé à plusieurs reprises) et de vous expliquer pendant près de dix minutes qu’il vous faut tourner à droite de la boulangerie après la station de métro et à gauche du bar après avoir traversé le boulevard qui se situe après la rue en face de la boulangerie pour comprendre que la situation est assez incongrue. Excédé, sur un ton quelque peu cavalier, on demande une dernière fois de bien vouloir donner une adresse.  Alors, comprenant que la personne a des problèmes, nous cherchons à  nouer le dialogue avec elle et elle vous avoue qu’elle est psychanalyste de son état. Autant dire qu’à peine ébauchée,  cette collaboration prometteuse s’est aussitôt achevée ; en attendant que la dame puisse se guérir en se racontant.                
Pourquoi vous exposer tout cela et vous infliger mon expérience personnelle ? Tout simplement, pour signaler aux tenants de la secte que mon hostilité à leur fantaisie n’est pas innée mais s’est forgée aux gré de mes observations et de mon expérience personnelle. Et comme, je sais que ces derniers aiment bien construire leur curieuse logique à l’aide de déductions fumeuses, je les rassure tout aussitôt : je n’ai pas eu dans mon enfance de contact avec des prêtres pédophiles, ni subi d’attouchements sexuels pour expliquer mon opposition à leur lubie. Car, il est connu que tous ceux qui se dressent contre eux sont des malades en puissance qui refoulent leurs symptômes, leurs pulsions ou des antisémites notoires, tous membres de groupuscules factieux, ennemis de la démocratie et de la liberté. Il faudrait un jour qu’ils arrivent à régler cette contradiction qu’ils soulèvent systématiquement (mais ils ont l’habitude des systèmes) qui veut que celui qui affirme que la psychanalyse est une « science juive » soit un nazi (dans le meilleur des cas qui s’ignore donc) un antisémite et de lancer tous azimuts de l’antisémite à quiconque en vient à critiquer leur domaine de prédilection. Parce qu’on ne peut pas ne pas être et être à la fois.     
Quoiqu’il en soit, il est évident que mes connaissances en ce domaine relèvent plutôt du bon sens que d’une étude approfondie de l’œuvre du prophète dont le sujet continue de me laisser assez indifférent. Il aurait fallu que je sois véritablement interpellé par le sujet mais ce ne fut jamais le cas. Cela dit,  je n’ai donc pas eu besoin de me taper les six mille pages de Freud pour constater que :

Onfray feint de découvrir, à la suite de la lecture du Livre noir de la psychanalyse, que toutes ces  cartes postales qu’ils dressent et sur lesquelles repose la discipline, ne sont que des mensonges. J’ai un peu de difficulté à le croire. Il aurait donc enseigné pendant des dizaines d’années un auteur sans se préoccuper de la véracité des affirmations exposées, tout en étant nietzschéen. Hum ! curieux. Pour ma part, dès l’origine, j’avais deux cartes postales le concernant qui n’ont jamais cessé d’être présentes lorsque je l’écoutais. Comment peut-on être : nietzschéen et freudien, d’une part ; nietzschéen et marxiste, d’autre part ? Avec la parution de son livre sur Freud, une de ses contradictions était enfin  levée, pensais-je. Mais, ce que j'ignorais, en revanche, c'est cette violence qu'il allait déclencher de la part des gardiens de la secte qui, incapables d'argumenter, utilisent l'invective pour tenter d'annihiler la parole défaillante.

 

 

1 Article du Nouvel Observateur du 22 avril 2010,  Freud: le débat Onfray-Kristeva. Dans ce texte, Kristeva écrit notamment : «  Chercher querelle à Freud sur la « scientificité » de la psychanalyse relève des débats épistémologiques du siècle dernier : tout le monde reconnaît l'implication de la subjectivité de l'expérimentateur dans les sciences humaines et le rôle crucial du transfert-contre-transfert en psychanalyse. » C’est peu dire ! Mais on pourrait dire la même chose à propos de l’astrologie et de la numérologie.