Samedi 27 novembre 2010

Deuxième partie


La réaction de l’establishment  psychanalytique fut extrêmement violente comme nous avons pu le constater jusqu’au mois de juillet. Peut-être même plus que lors de la publication du Livre noir de la psychanalyse, cinq années auparavant.      
Déjà l’esprit de Spinoza consignait, il y a quelques siècles :

« celui qui était hier élevé en louanges jusqu’au ciel, et décrit comme grand, savant, vertueux, sage, se mettant aujourd’hui dans un autre parti  est décrié, proclamé ignorant, méchant, malheureux. Là se montrent le zèle  et l’ardeur de la religion, hors de là, partout ailleurs en observation de la religion, froideur. Ceux qui s’y portent modérés et retenus sont notés et suspectés d’être tièdes et peu zélés. C’est faute abominable, que de faire bon visage et traitement aimable à ceux du parti contraire. De tout ceci, ancuns en demeurent scandalisés, comme si la religion chrétienne apprenait à haîr et persécuter, et nous servait de courtier, pour mettre en besogne et faire valoir nos passions d’ambition, avarice, vengeance, haine dépit, cruauté, rébellion, sédition. » L’analyse du philosophe néerlandais est d’une grande lucidité.

Et l’on est bien obligé de constater que non seulement elle est d’une cruelle actualité mais qu’en plus s’applique admirablement à la psychanalyse en tant que religion révélée. Onfray note judicieusement dans sa conclusion, que la secte freudienne a été le lieu où se sont reconvertis tous ces anciens staliniens, trotskistes, maoïstes un temps menacés de désœuvrement après la faillite de leur illusion ; tous ces désœuvrés de la « surenchère perpétuelle de non-culture objective », selon Yourcenar.  Et pour cause, elle est au point de jonction entre le romantisme désabusé de tout ce courant pseudo littéraire qui prend conscience au fil du temps de son inutilité et qui voit dans la psychanalyse une manière de réhabiliter la parole et donc la  littérature du pathos, quelques peu malmenée par le rationalisme (bon nombre de ces psychanalystes sont avant tout des littéraires). Cependant, elle est aussi l’incarnation du scientisme issu du rationalisme des Lumières (parce qu’elle veut être une science même si elle n’en possède aucun des attributs). C’est une nouvelle religion ou plutôt une des nombreuses têtes de l’hydre monothéiste avec ses rites (l’analyse), ses prières (la systématisation  freudienne), son prophète (Freud) et ses gourous (les psychologues psychanalystes).  Or, il est connu depuis Coluche qu’il y a plus de communistes en France de leur propre volonté qu’il n’y en avait en Union Soviétique à l’époque de Brejnev. De plus, c’est dans notre beau pays que le mariage entre le freudisme et le marxisme après la guerre  a enfanté son plus beau rejeton : le freudo-marxisme dans lequel se sont retrouvés tous nos oisifs orphelins de cause. Et ils furent nombreux ceux qui s’autoproclamèrent « intellectuels » et qui imposèrent leur médiocrité culturelle comme nouvel étalon normatif dans une société en pleine déliquescence. Tout fut pensé et jugé à travers le prisme étroit de deux, trois fondamentaux marxistes et freudiens qu’ils réussirent à assimiler et à appliquer sans discernement.  C’est ainsi que nous avons laissé les clefs de notre civilisation à ces soixante-huitards attardés quelque peu incultes qui finirent de saccager notre système éducatif ainsi que notre université afin de leur permettre de s’assurer des positions dominantes. Leur incurie culturelle est inversement proportionnelle à leur vanité que nourrit  le ressentiment à l’égard de ceux qui pourraient leur faire de l’ombre. Ils se sont trompés mais qu’importe, la Vérité finira bien par émerger de leur erreur car il est évident que leur esprit lumineux finira par triompher de ce monde des ténèbres. Ils fuient le débat, préférant l’invective, le procès inquisitorial appuyé sur le bon sentiment manichéen sur lequel repose l’essentiel de leur programme et de leur réflexion. Ils maîtrisent parfaitement les médias, qui sont pour eux autant de places acquises et par l’entremise desquels ils veillent à ce que l’orthodoxie soit respectée. Pour s’en convaincre, il suffit de se souvenir de la manière dont le Livre noir de la psychanalyse a été accueilli par notre scène médiatico-intellectuelle. Pitoyable ! Pas étonnant que cette presse soit en crise. Dès lors, je n’ai pas été autrement surpris de la manière dont le bouquin d’Onfray a été reçu. A ceci près néanmoins, que l’auteur était théoriquement issu de leurs rangs. Et en effet, pendant quelques jours, il y a eu un moment de flottement (du moins c’était l’impression que j’avais eue) avant que la gardienne de la secte ne siffle la fin de partie et qu’elle ne mette tout le monde au garde à vous. Ce fut alors l’ostracisme, avant l’autodafé qui devrait précéder le bûcher.  Diable ! On se demande comment cette femme a acquis une telle autorité. Pour ma part, je l’avais croisée en lisant ses répliques lors de la sortie du Livre noir qui m’avait, à l’époque, beaucoup amusé. Mais j’ignorais totalement qu’elle était le capo chef de la secte. En fait, j’ai dû demander à un ami, qui était très au fait en matière psychanalytique, de me fournir une référence qui ne souffrait d’aucune contestation et la sentence fut prompte et sans appel : Elisabeth Roudinesco. Dès lors, je me suis penché sur sa prose ainsi que sur ses interventions médiatiques. Et je n’ai pas eu beaucoup de mal pour tomber sur une de ses nombreuses contributions qui feront certainement date devant l’éternité. L’après-midi même alors que je rentrais chez moi en voiture, sur les ondes de France info, j’ai eu droit à la quintessence de sa réflexion dans un entretien qu’elle accordait à Philippe Vandel en mai 2010. L’interview portait sur un livre qui avait été publié trois ans auparavant. Ce qui en dit long sur sa capacité à continuer à faire parler d’elle, en faisant la publicité d’un ouvrage paru en 2007, sur les antennes des radios publiques, là où d’autres après quelques jours de publication ne peuvent prétendre à tant de déférence de ces mêmes médias. L’ouvrage qu’elle était venue nous vendre, ce jour là, avait pour titre : La part obscure de nous- mêmes : histoire des pervers. Ce qui est très appréciable avec elle, c’est qu’on prend rapidement la mesure de sa réflexion. Pas besoin de très longs discours, ni de recherches bibliographiques importantes, encore moins de lectures fastidieuses ; tout est dit en quelques mots. Ainsi, après nous avoir présenté son interlocutrice comme étant historienne et psychanalyste, Vandel lui demande si la perversion est nécessaire à la civilisation ? Cette dernière ne tarde pas à nous asséner une de ses platitudes du genre : « le crime et surtout la jouissance du crime est inhérente à l’homme. On ne pourra jamais l’éradiquer. » Mais là où ça devient symptomatique des limites de sa pensée, c’est lorsqu’elle ajoute : «  On peut se demander si ce n’est pas au fond depuis, dans nos civilisations judéo-chrétiennes, Caïn et Abel, si ce n’est pas ça qui nous donne la conscience du bien et du mal. Une société où ça n’existerait pas, ça paraît impensable. » On reste un long moment dubitatif.  On s’interroge et on se dit que l’humanité depuis la rédaction de la Bible a perdu son temps dans des spéculations philosophiques sans fondement. Tout était dit dans la Bible.  En effet, avec Madame Roudinesco nous apprenons donc que le bien et le mal ne sont pas simplement de pures hypothèses théologiques sur lesquelles reposent notre morale ou plutôt sa morale  (visiblement le coup de marteau nietzschéen ne s’est pas abattu sur elle) mais bel et bien des réalités intangibles qui non seulement ne se limitent pas à une sphère de civilisation mais à l’humanité entière. En effet, pour elle, ce manichéisme primaire du bien et du mal ne peut pas ne pas exister. Voilà donc comment en quelques mots, on fait d’un cas une généralité universelle parce qu’il est entendu qu’« une société où ça n’existerait pas, ça paraît impensable. »  Notre psychanalyste se présente comme historienne. Une historienne dont la vision du monde est plus en adéquation avec celle des évangélistes américains, de ces créationnistes ou de quelques autres fondamentalistes religieux qui voient dans la causalité la manifestation de la présence divine que celle d'une spécialiste qui fonde son étude sur la raison. Plus loin dans l’entretien, elle réitère son affirmation qui est le véritable pivot de sa réflexion. Ainsi, lorsqu’elle lance  « comment, par exemple, Georges Bush pouvait, face au mal absolu qu’étaient évidemment les terroristes islamistes pervers - je dis pervers parce que tous les terroristes ne le sont pas mais ceux là, oui -  et on avait en face un autre pervers qui s’amusait à brandir contre ça l’axe du bien de la vengeance et il y a une scène qui m’a beaucoup frappé dans laquelle il jouait avec le pistolet de Saddam. » Au-delà de la syntaxe maladroite (un peu compliqué à comprendre, il faut bien l’avouer), elle nous réaffirme sa vérité dogmatique à travers sa spéculation théologique qui prend la forme d’un « mal absolu » que l’on retrouve d’ailleurs chez ma bloggeuse adorée (elle a la même formation littéraire. Roudinesco est aussi une agrégée de Lettres). Plus grave, si l’on osait faire un peu de rhétorique à deux sous, nous pourrions aisément démontrer que la perversité ainsi étalée n’est que la conséquence de ce manichéisme stupide qui est le moteur biblique et non pas la cause. En a-t-elle conscience ?  pas une seconde. Mais pire, elle distingue un terrorisme pervers, d’un terrorisme qui ne le serait pas. Pendant un bref moment, on se gratte le cuir chevelu, (pour ne pas dire autre chose), avant que le journaliste revienne sur cette énormité en lui demandant de préciser sa pensée. Agacée, elle répond que la terreur est utile lorsqu’elle permet de fonder l’Etat avant que celle-ci ne s’estompe et que la loi ne remplace l’arbitraire. Au passage, elle n’hésite pas de se servir de la tragédie grecque pour démontrer sa thèse mais son interprétation est bien curieuse et contestable.  Le drame hellène comme justification de la Terreur révolutionnaire, de la dictature du prolétariat ou un parfum de légitimité de la Gestapo, de laTcheka ou de la Stasi, non seulement c’est osé mais quelque peu déplacé. Sans même savoir qu’elle fut stalinienne (je l’ai appris dans une réponse d’Onfray à l’un de ses libelles), membre du PCF à l’époque de Marchais, nous percevons très bien son terreau idéologique et ses références culturelles. Non, le terrorisme devient pervers, selon elle, « quand  il se maintient dans la jouissance absolue de la terreur pour elle-même et pas du tout dans une terreur fondatrice. »  On se dit alors que les Etats-Unis étaient certainement devenus un pays islamique avec la charia comme fondement de son droit pour que le terrorisme d’Al Quaida soit pervers. Sinon, la terreur du 11 septembre était fondatrice est certainement pas aussi vicieuse qu’elle ne le disait, si l’on reprend les postulats ainsi énoncés. Voulant certainement enfoncer le clou et fermer le bec de ce journaliste qui ne comprenait visiblement pas une telle évidence, elle cite un résistant français qui se pose la question : « est ce que je vais lancer la bombe ; hein ? » Non, ce n’est pas le hein ! qui est pertinent.  (On remarque au passage afin de rendre plus concret son exemple, combien cette femme n’hésite pas à se mettre dans la peau de son personnage. Le « je » remplace le « il ». On mon avis cela à un sens psychanalytique qui a quelque chose à voir avec son inconscient). Vandel intervient alors  en venant à son secours afin de préciser : « sur la Kommandantur » Elle acquiesce à la proposition en la répétant, tout en ajoutant qu’il va y avoir des victimes. Ce qui distingue le résistant du pervers, c’est que le premier va se sentir coupable d’avoir fait des victimes alors que le second ne se pose même pas la question. Je reste assez perplexe quant à la culpabilité du résistant lorsqu’il fait exploser une cible militaire dans la guerre qu’il mène contre une puissance occupante. De ce fait, elle donne une légitimité aux arguments nazis qui faisaient l’amalgame entre résistant et terroriste. Confusion entre guérilla et terrorisme,  merci  Madame Roudinesco ! En fait, le problème est que la psychanalyste ne  définit pas ce qu’elle entend par ce terme de « terroriste » comme elle ne trouve pas utile de nous indiquer le sens qu’elle donne aux mots qu’elle utilise. C’est compliqué pour une « science » qui se veut fondée sur la parole et qui ignore la polysémie.  Une armée d’occupation qui vit et qui se trouve dans une anxiété constante peut effectivement être amenée à qualifier cette tactique  de harcèlement continuel comme terrorisante. Mais, aujourd’hui, ce mot s’applique surtout à une société civile prise pour cible par des groupes armés qui désirent faire pression sur leurs gouvernants. Si son résistant avait posé une bombe dans un cinéma ou dans la rue, la question de la terreur sourde et indistincte se serait posée mais dans ce cas là, elle est nulle et non avenue. De plus, je ne pense pas une seule seconde (mais sans doute suis-je naïf) que la question qui tenaille notre résistant  au moment de jeter une bombe sur une Kommandantur, comme elle le dit,  c’est de savoir si oui ou non il va faire des victimes mais plutôt combien il va en faire. Je rappelle quand même qu’il est venu pour cela. Les questions morales ont déjà été tranchées au moment où il a pris les armes. Enfin, si la perversité consiste à jouir de la souffrance que l’on inflige à un autre, j’ai du mal à percevoir la perversité du kamikaze qui jette un avion de ligne sur une tour. Notre résistant a bien plus de chances de prendre son pied en massacrant ses ennemis que notre suicidaire en avion de ligne. En fait, à l’écoute de l’entretien, on s’aperçoit non seulement que tout son raisonnement est bon à jeter aux orties mais on y décèle une logique empreinte de perversité. Ne serait-ce que dans le titre de son ouvrage : La part obscure de nous-mêmes : une histoire des pervers. Vouloir absolument généraliser à l’universel une corruption individuelle, et faire de chacun de nous un sujet réel et historicisé de dépravation parce qu’elle s’identifie aux déviances est non seulement une escroquerie mais aussi une manifestation de sa propre perversion. On donne ainsi raison à Onfray quand il dit qu’avec la psychanalyse, on n’arrive plus à distinguer le sujet sain du malade. En fait, en lisant ses autres publications notamment sur le web, on s’aperçoit que la dame nous assène des causalités et des conclusions sans aucune rigueur intellectuelle. Qu’est ce que la perversité ? On peut, comme le fait Roudinesco, s’en tenir à une définition théologique et à son appendice  moral à savoir : propre à celui qui est enclin à faire le mal en éprouvant du plaisir selon le-dictionnaire.com. Mais l’on peut aussi regarder l’étymologie du mot qui vient du latin « per » et « vetere » (par et touner) qui prend alors, à l’origine, la signification de détournement ou de contournement. Ce que nous apprend la provenance de ce mot c’est qu’au départ le terme perversio désignait toute tentative de falsification d’un texte pour tenter de corrompre les esprits. Et c’est effectivement ce à quoi se livre E. Roudinesco dans ses différents libelles abondamment distribués et repris par les médias qui sont à sa botte.  Cependant, force et de constater, qu’il n’y a pas simplement derrière ses publications une volonté de débattre mais d’abattre par des invectives, des insanités mais surtout par une violence terrible contre l’auteur du Crépuscule d’une Idole. Je pensais qu’Onfray avait écrit un ouvrage non pas sur Roudinesco mais sur Freud et que ce dernier, mort depuis plus de soixante dix ans,  était devenu un personnage historique et pouvait donc être sujet d’étude en tant qu’individu qui a influencé, qu’on le veuille ou non, le vingtième siècle. Mais visiblement pour certains adeptes de la légende, rétablir la réalité d’une existence est une hérésie passible des pires châtiments. Dans « Roudinesco déboulonne Onfray » article que notre psychanalyste a envoyé à tous les médias avant même que le livre de son interlocuteur ne paraisse, elle s’agite, vitupère, et pervertit chacune des allégations présentées afin de mieux pouvoir les dénoncer et en excommunier l’auteur. Je m’apprêtais donc à dresser la liste de ses affirmations péremptoires et de ses mensonges avant que je ne découvre hier soir sur le blog d’Onfray  la réponse de  Jacques Van Rillaer 1 qui le faisait bien mieux que moi. Alors certes, Rillaer fait partie des adversaires de la psychanalyse, c’est un partisan des fameuses T.C.C. (thérapie cognitivo-comportementale) mais les points soulevés se recoupaient avec ceux que j’avais moi-même repérés sans que je ne sois un quelconque spécialiste de la question. Se peut-il que je sois moi aussi un éminent professionnel de la question sans le savoir ? Ou est ce que l’imposture et la mauvaise foi sont à ce point énormes qu’elles sautent aux yeux du dilettante que je suis ? That is the question (voilà-ti pas que ma bloggeuse déteint sur moi)? Elle présente Onfray comme un historien dont les travaux exposés sont censés être porteurs de révélations. Cependant à aucun moment Onfray ne prétend nous révéler quoi que ce soit. Il se contente simplement de confirmer ce que les auteurs du Livre noir de la psychanalyse et d’autres avant eux avaient affirmé et sur le travail duquel Roudinesco et consorts avaient jeté l’opprobre. Il ne fait que lire et comparer les images d’Epinal des cartes postales avec la réalité des textes et des correspondances. L’ouvrage d’Onfray est la prise de conscience de la supercherie freudienne et non la divulgation de secrets occultés. C’est une confirmation de la part de quelqu’un qui faisait partie de leur cénacle de la réalité d’un mensonge. Onfray ne se prétend nullement historien (et c’est d’ailleurs cela qui est gênant ; nous le verrons plus loin)  Les questions posées par l’écrivain normand et les adversaires de la psychanalyse sont : est ce que oui ou non Freud a guéri les cas qu’il prétend avoir soignés ? Est-ce que oui ou non la psychanalyse est la révélation des troubles psychiques et hormonaux d’un homme qui tend à généraliser son cas à l’humanité entière ? Est-ce que oui ou non le freudisme a une quelconque valeur scientifique ? On se moque gentiment de connaître les dates de parution de certains livres ou plus gravement de savoir que les sœurs de Freud n’ont pas été exécutées à Auschwitz mais ailleurs. D’autant plus, qu’Onfray parle d’Auschwitz en tant que symbole de la Solution finale et non comme le lieu véritable de leur mise à mort. Tout comme le face-à-face bien entendu imaginaire de Hoess avec la famille de Freud  n’est qu’une métaphore destinée à mettre en relation le bourreau et sa victime, la monstruosité et  la normalité. Cette soi-disant compréhension au premier degré de la part de la tenante de l’orthodoxie freudienne est symptomatique du refus de prendre en compte la parole de l’autre. Elle est la manifestation de l’incapacité d’apporter une contradiction sérieuse aux arguments énoncés. Elle tente de saper la crédibilité de l’auteur en s’attachant à quelques détails. Nous ne sommes pas non plus dans le domaine du débat (il n’y en a jamais eu) mais du dénigrement. Et lorsque les arguments manquent, il faut faire en sorte que la personne qui énonce ses découvertes ne soit pas fréquentable, qu’elle soit réduite à néant. Cette attitude est caractéristique d’une secte religieuse dont on ne peut remettre le dogme en question. Nous avons affaire à des illuminés sectaires qui, à la discussion, à la polémique qui permettrait de faire progresser le débat préfèrent les avanies et les outrages pour tenter de faire oublier leur petitesse et les failles, que dis-je les gouffres ainsi mis en lumière. Dès lors, il n’est pas étonnant que dans la seconde partie de son article, elle s’en prenne directement à l’écrivain d’Argentan en revisitant sa vie. Elle en fait l’analyse afin de dégager l’origine de sa soi-disant haine à l’égard de la psychanalyse. Elle voit de la haine chez cet auteur  alors qu’il ne fait qu’exercer son esprit critique à travers ses doutes. Lorsqu’elle publie, Pourquoi tant de haine ? Il faut entendre pourquoi tant de questions ? Quiconque exerce un quelconque doute sur la discipline est doté en réalité d’une haine intrinsèque inconsciente dont il s’agit d’extirper les racines. Il y a quelque chose de profondément nauséabond dans la position et la réflexion de Roudinesco et consorts,  qu’ils utilisent systématiquement afin de discréditer toute parole qui viendrait se mettre en porte-à-faux avec les évangiles freudiens. Dès l’introduction de son article, Roudinesco déboulonne Onfray, le ton est donné et l’on sait d’avance où va vouloir nous mener l’auteur de ce brûlot. Tout comme elle l’avait fait avec Jacques Bénesteau lors de la publication de  Mensonges freudiens : Histoire d'une désinformation séculaire ainsi que pour le Livre noir de la psychanalyse, elle instrumentalise systématiquement l’antisémitisme pour dénigrer et pour détruire l’adversaire.
Dans son introduction, on peut  lire : « il traite les Juifs, inventeurs d’un monothéisme mortifère, de précurseurs des régimes totalitaires ». J’ai eu beau lire ou plutôt subir le livre, je n’ai pas eu l’impression d’avoir compris une chose pareille. Deux choses l’une : soit Madame Roudinesco cite ses sources plutôt que de lancer des affirmations sans fondements, soit elle se tait. D’autant plus qu’elle se dit historienne ; elle devrait savoir que les Juifs ne sont pas les inventeurs du monothéisme comme elle l’affirme à travers ce passage : « A l’origine de cette sombre affaire, les Juifs, fondateurs du premier  monothéisme ». Mais, j’ai bien peur, depuis que je la lis comme le souligne si judicieusement Jacques Van Rillaer en rappelant la déclaration d’André Green, ancien Directeur de l'Institut de Psychanalyse de Paris qui affirmait : « E. Roudinesco se dit historienne et psychanalyste. [...] Je crains qu'elle ne soit pas plus psychanalyste qu'historienne. » (« Le père omnipotent », Magazine littéraire, 1993, 315, p. 22). La perversité est à son comble lorsqu’on assimile la religion, une croyance, à un groupe humain où le fait culturel prend la place de l’individu qui est lui-même nié pour devenir collectivité indivisible : les Juifs, les Chrétiens, les Musulmans. Que le monothéisme juif, puis chrétien et musulman soit mortifère et précurseur des totalitarismes sanguinaires est une conviction que j’ai acquise sans pour autant assimiler les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans uniquement à leur croyance. Une religion dogmatique comme le sont les monothéismes est avant tout un système idéologique qui nie la diversité, la pluralité et qui ne peut souffrir la contradiction  ou la contestation dans la mesure où elle détient la Vérité qui est révélée. Ce sont d’autant plus des religions qui détestent la vie qu’elles promettent un paradis, une issue eschatologique à cette existence sur terre abhorrée. Est-ce Onfray qui a inventé les quarante vierges pour le kamikaze qui se fait exploser ou le martyre comme fondement de sa révélation ? Le Freudisme ne fait pas exception. Il s’inscrit non pas dans la croyance parce qu’il se veut athée mais a été façonné sur le terreau culturel de son auteur. Un des reproches que l’on peut faire au Normand, peut-être parce qu’il sentait le piège qui se dressait devant lui gros comme une maison, c’est de ne pas avoir suffisamment mis en perspective la psychanalyse et la judéité de Freud. Or, aujourd’hui bon nombre d’auteurs juifs n’hésitent pas à parler de la psychanalyse comme une forme de laïcisation du mysticisme juif (voir à ce propos, Analyse d’affirmations d’Elisabeth Roudinesco de Jacques Van Rillaer  P.14 et 15). Est-il étonnant de voir autant de personnes se réclamant de cette confession graviter autour de cette discipline ? Non ! dans la mesure où culturellement ça leur parle. Cependant, comme le note Van Rillaer, il y a aussi bon nombre d’auteurs juifs qui se démarquent et qui critiquent la psychanalyse. Peut-être parce qu’eux arrivent à faire la distinction entre ce qui est du domaine de la foi, de la tradition  et ce qui est du domaine de la science. C’est pour cette raison que l’on ne peut réduire ces théories à une science juive comme le faisait les nazis ou comme le fait inconsciemment notre gourou qui n’hésite pas à nourrir sa réflexion de postulats théologiques directement issus de sa tradition alors qu’elle s’évertue désespérément à l’émanciper de son terreau culturel (peut-être, pour en élargir le marché).  Schizophrénie aggravée, dans la mesure où celle-ci la ramène invariablement à ses origines en utilisant systématiquement l’argument de l’antisémitisme comme arme de destruction massive. Ce qu’elle fait est excessivement grave. Comment peut-on rester insensible lorsqu’on lit sous sa plume : « L’auteur  projette sur l’objet haï ses propres obsessions - les Juifs, le sexe pervers, les complots » ? Non seulement nous avons affaire à un procès d’intention qui ressemble fort à une affiche de propagande du Troisième Reich mais qui en plus se veut être la conclusion d’une analyse qui n’a même pas l’excuse d’être payée au tarif d’une femme de ménage. La démesure d’une telle affirmation  marque aussi les limites de la psychanalyse mieux que toutes les réflexions étayées d’exemples. Alors, je sais que certains reprocheront à Roudinesco de n’être point psychanalyste pour tenter de se démarquer de l’outrance de la charge. Cependant, j’ai aussi entendu bon nombre de ses collègues, qui eux sont réputés faisant parti du sérail, apporter leur soutien sans condition à cette femme qui visiblement est souffrante. Mais là encore, c’est symptomatique de cette discipline que de faire en sorte que des malades soignent des malades. Résumons-nous : dire que Freud est un tricheur et un affabulateur qui avait quelques soucis avec sa libido, c’est faire de vous un antisémite qui projette sa haine longtemps refoulée sur un individu qui canalise tel le bouc émissaire toutes vos obsessions. Idem concernant ceux qui refusèrent de signer les pétitions demandant la libération du cinéaste Roman Polanski. Affirmer que ce dernier est un violeur d’enfant qui a sodomisé sa victime après l’avoir droguée et vouloir lui faire un véritable procès porte les stigmates de l’antisémitisme. Et ils furent dénoncés comme tels par les défenseurs de celui-ci dont faisait partie bon nombre de nos psychanalystes parmi lesquels on trouve notre agrégée de Lettres citée plus haut. J’ai même entendu pour l’occasion à la suite d’un Bernard Henri Levy, un certain Finkielkraut ordinairement si prompt à nous chanter les louanges du retour à la rigueur morale, nous faire un déni de réalité en nous précisant que le réalisateur n’était certainement pas un pédophile, encore moins un violeur mais que la justice américaine le harcelait depuis si longtemps simplement pour un détournement de mineur. Le fait qu’il n’y ait aucune prescription pour ce type de délit, faisait de celui-ci un criminel du même gabarit que les génocidaires d’Auschwitz ; insinuant par là, qu’il pouvait bien exister un antisémitisme larvé de la part du procureur américain. Exit le fait que celui-ci ait fui la justice de son pays pendant si longtemps. Et de nous chanter à l’unisson dans le concert de l’odieux que notre artiste avait déjà payé sa dette à la société en faisant une dizaine de jours de prison. Et que penser de certains soi-disant critiques ou chroniqueurs (on ne sait plus trop) fiers compagnons de G. Miller, un certain Frédéric Bonnaud qui sur un plateau de télévision du service public, nous assène l’ignominieux en nous faisant passer la victime non pas pour une enfant de treize ans mais pour une infâme salope manipulée par sa mère qui a allumé le cinéaste ; sans que cela ne choque le moindre du monde son patron Guillaume Durand ? Je sais que nos freudiens avertis ont déjà diagnostiqué une hystérie patente de la part de cette enfant qui ne rêvait que d’une chose : coucher avec son père et flinguer sa mère. Le réalisateur n’a rien fait d’autre qu’accéder à l’inconscient de cette fillette.     
Alors au final, on peut se demander de bonne foi, si ce ne sont pas ces gens là, qui sont véritablement des antisémites notoires. Prendre une déviance, une dépravation délictuelle ou criminelle mais qui demeure personnelle et la généraliser à l’ensemble d’une communauté n’est ce point là, la caractéristique essentielle du racisme ?
Mais, on soupçonne pire encore dans l’intervention de Roudinesco à l’égard d’Onfray. On ignore vraiment les intentions de cette dernière lorsque celle-ci décide de s’attaquer au soi-disant paganisme de l’auteur du Crépuscule d’une idole. En fait, je parle de paganisme mais je n’en sais rien , tant cette femme est fachée avec le sens des mots. En effet, elle nous parle d’une « humanité athéologique » qui serait « orchestrée par un dieu solaire et païen ». On ne peut que s’interroger sur cette apparente contradiction. Soit le Normand est athée, soit il est païen ? mais il ne peut pas être les deux à la fois. En interpellant et en comparant le monothéisme et le polythéisme, dans un jugement simpliste et réducteur comme elle le fait, elle se livre à un jeu dangereux qui pourrait bien s’apparenter à une revitalisation des guerres de religion. Est-ce son intention ? Est-ce un appel à la violence ? N’y a-t-il pas derrière cette opposition, ce manichéisme renversé vicieux et sommaire une volonté manifeste de s’adresser aux instincts les plus vils, les plus ignorants afin de titiller le fanatisme dont ils sont capables. Ainsi, dans un excès de lyrisme, elle rapporte  des propos que l’auteur du Traité d’athéologie, selon elle, aurait lancés, à savoir : « tous les musulmans de la planète sont des fascistes guidés par d’infâmes ayatollahs. »  Mais, quelle valeur peut-on accorder à cette citation lorsqu’on sait la tendance qu’elle a à déformer les propos ou a les réinterpréter en fonction de sa perversité afin d’attirer la haine ? Abjecte ! Elle se fait la défenseuse, elle et la psychanalyse, de ces croyants dont elle prétend qu’ils sont bafoués par les  idées de l’écrivain. Curieux pour une discipline dont le fondateur se voulait être un fieffé athée.  Quand à Onfray, je ne crois pas un seul instant qu’il ait une grande connaissance du polythéisme grec pour incarner à lui seul le dieu solaire volcanique et phallique qu’elle prétend reconnaître. Puis, je dois avouer que j’ai du mal à comprendre ce qu’elle a voulu dire dans le passage suivant : « Onfray se montre bien décidé à faire du pénis l’objet d’un culte phallique  et volcanique hérité des anciens dieux de la Grèce, lesquels, en tant que présocratiques, seraient les précurseurs de Nietzsche. Que Nietzsche ait  effectué  un grand retour aux présocratiques ne fait pourtant pas de ceux- ci des précurseurs de celui-là. »
Parbleu ! comment les anciens dieux de la Grèce peuvent-ils être présocratiques ? Et comment comprendre leur ancienneté s’ils sont dieux ? Un dieu c’est immortel, non ? Mystère ! nous attendons avec impatience de notre immense intellectuelle encore plus cultivée que ma bloggeuse favorite un éclaircissement qui fera taire définitivement la langue de vipère que je suis. Mais, j’ai bien peur de me heurter à une bêtise qui traduit son ignorance. Plus sérieusement, je dois avouer avoir du mal à comprendre ce qu’elle a voulu dire dans sa dernière phrase. Oui, Nietzsche a fait « un grand retour aux présocratiques » Et pour cause, il a révolutionné leur étude grâce à un travail philologique qui  évitait de faire appel à un bagage culturel judéo-chrétien. Et pourtant, j’ai bien peur, à moins de ne rien y comprendre, que ceux-ci soient les précurseurs de sa philosophie et je dirais même mieux que la pensée nietzschéenne renoue avec le tragique grec. Quelle est l’utilité d’une telle assertion, si ce n’est de vouloir à tout prix faire la distinction entre le philosophe allemand et l’objet de sa réflexion ? Ça permet ainsi de récupérer le penseur germanique et d’ôter le support philosophique sur lequel s’appuie Onfray pour développer sa critique. Ridicule et pervers, à la fois ! 
Et enfin pour conclure, parce qu’il faut bien mettre un terme à un texte qui n’a pas grand intérêt si ce n’est de confirmer l’égarement de son auteur, j’ai eu exactement la même réaction que  Van Rillaer lorsque j’ai lu sous la plume de notre psychanalyste la phrase suivante :  « Car à force d'inventer des faits qui n'existent pas et de fabriquer des révélations qui n'en sont pas, l'auteur de ce brûlot hâtif et brouillon favorise la prolifération des  rumeurs les plus extravagantes : c'est ainsi que des médias ont déjà annoncé  que Freud avait séjourné à Berlin durant l'entre-deux-guerres, qu'il avait été  le médecin d'Hitler et de Göring, l'ami personnel de Mussolini et un formidable violeur de femmes. »  
Je me suis précipité sur internet, j’ai fouillé la toile  pour tenter de trouver la moindre allusion à ces fameuses « rumeurs les plus extravagantes ». Or force est de constater que je n’ai même pas trouvé un début de commencement de sous entendus équivoques concernant cette relation fantaisiste avec le dictateur nazi ou le dictateur fasciste. Mais comme notre pamphlétaire ne cite jamais ses sources, ce qui pose quelques problèmes surtout d’ordre méthodologique (pour une universitaire qui se réclame de la science, c’est quand même un comble), j’en conclus donc qu’elle fabule afin d’agiter encore une fois le spectre de l’antisémitisme en prenant ses désirs pour des réalités. 
Au final que retient-t-on de la réfutation de la papesse de la discipline, du grand gourou de la connaissance freudienne ? Un texte d’une incroyable mauvaise foi, plein de haine et de perversité, bourré d’approximations, de rumeurs qu’elle-même tente de répandre et qui agite systématiquement le racisme supposé ou en gestation (c’est encore plus pervers parce qu’inconscient.) de l’auteur du Crépuscule d’une Idole pour tenter de discréditer son travail. Mais là encore, il n’y a rien de nouveau sous les cieux Roudinesquiens. Elle avait fait la même chose pour les publications parues auparavant non autorisées par la censure de son autorité. Sanction incontournable pour quiconque se penche sur le petit père Freud. Hum ! à mon avis, il y a un rapport d’exclusivité au père qui se traduit par une quête de la quéquette protectrice. Elle nous fait son Electre en tuant sa mère qui, elle, connaît la vérité sur la véritable nature du paternel. Ce Cerbère de l’antre freudien  nous sublime l’image de Freud afin que sa propre supercherie qui n’est que le paravent de sa médiocrité ne puisse être mise à jour. En clair, elle n’existe qu’à travers cette illusion. Suis-je bon psychanalyste ? Pourtant, je ne me suis jamais allongé sur un divan.
Cependant, cette dame n’aurait que peu d’importance si elle n’avait ce pouvoir de nuire qui lui, lui est incontestable. Et l’on s’interroge, comment a-t-elle fait pour mettre ainsi sous sa coupe tant de personnes qui exercent une influence politico-médiatique ? Il y a six mois, je ne la connaissais pas. Et depuis, je m’aperçois qu’elle a visiblement antenne ouverte sur toute les ondes de la radio publique (France Inter, France Info, France Culture), que les grands quotidiens tels que Libération, le Monde, le Nouvel Observateur, toute cette presse de gauche lui voue un véritable culte. Il suffit qu’elle aboie et le monde s’arrête ; les idées se gélifient. Passe encore qu’elle ait travaillé pour Libération ou pour le Monde mais comment expliquer que ses positions aient valeur de Fatwa, si ce n’est par la connivence de tout ce milieu politico-intellectuel ancré dans le gauchisme post soixante-huitard qui se sent dépositaire des valeurs morales de la société ? Ce mariage entre le freudisme et la lutte des classes est devenu l’alpha et l’oméga de nos facultés de Lettres qui trouvent à exister non plus dans la culture mais dans l’idéologie ou dans son aspect light la psychologie, la psychanalyse et dans toutes ses pseudo- sciences si chères à nos romantiques qui tentent de soigner leur mal de vivre. La France est le dernier pays avec l’Argentine à donner autant d’importance à la psychanalyse. Même aux Etats-Unis, cette dernière est en complète perte de vitesse et reléguée au statut de charlatanisme. Comment comprendre qu’un crétin d’universitaire analyste de son état hante les plateaux de télévision du service publique pour nous faire partager la quintessence de sa bêtise ? Le diner de cons a tout de même des limites. Comment concevoir que sur une antenne de radio publique, on puisse inviter une psychanalyste à propos d’un fait de société et que celle–ci, sans avoir donné la moindre explication sur le problème posé, finisse son intervention dans tous les cas « il faut consulter » ? Si ce n’est pas de la publicité gratuite, je ne m’y connais pas. Comment ne pas s’indigner, lorsqu’on entend dernièrement sur France Culture une discussion entre Roudinesco et Alain Badiou, à savoir la rencontre entre une ancienne stalinienne et un maoïste qui, il y a peu, s’insurgeait contre le procès qu’on osait faire à Pol Pot et à ses camarades les Khmers rouges, responsables d’un des pires génocides du vingtième siècle ? Que dire : ils se sont certainement retrouvés sur Freud et sur leur haine de la culture. Et ne parlons pas du fameux frère de notre chroniqueur télévisuel précédemment cité, qui, quand il prononce le nom de Mao, parle de président Mao ? Les victimes du président Mao ou de Pol Pot doivent certainement apprécier. Le pire, c’est que ces personnes n’ont même pas honte. J’imagine le tollé que cela produirait si l’on parlait du président Hitler pour désigner le dictateur. Mais, il est vrai que Roudinesco sait faire la distinction entre les bons et les mauvais dictateurs. Pour Saddam Hussein, ça sera simplement Saddam… Il n’a pas réussi à acquérir un nom. Peut-être, parce qu’il n’a pas fait suffisamment de morts pour mériter son respect.   De la même façon que sa grande objectivité lui permet d’illustrer son discours sur la psychanalyse en s’appuyant sur des citations de Lacan comme : "L'analyse a pour but l'avènement d'une parole vraie. La psychanalyse est un remède contre l'ignorance. Elle est sans effet sur la connerie." Etc...  Mais en omettant soigneusement d’autres paroles tout autant de Lacan et qui disaient : « Notre pratique est une escroquerie. Bluffer, faire ciller les gens, les éblouir avec des mots qui sont du chiqué, c'est quand même ce qu'on appelle d'habitude du chiqué… Du point de vue éthique, c'est intenable, notre profession… Il s'agit de savoir si Freud est oui ou non un événement historique. Je crois qu'il a raté son coup. C'est comme moi, dans très peu de temps, tout le monde s'en foutra de la psychanalyse[]. »  
Alors on se dit que tous les analystes ne sont pas forcément de la même trempe ; qu’il doit y avoir de la dissonance dans le discours des spécialistes qui seraient honnêtes parce que sincères et qui ne seraient pas trop malades, pas trop obsédés par l’argent enfin quoi des personnes qui tenteraient de nous faire croire qu’ils ont vu E.T. leur demander le chemin de la maison . On cherche sur Internet et on découvre que si la majorité soutient leurs mentors en se réjouissant de la réplique ainsi apportée à ce félon qui essaie de ruiner le business juteux, il y en a quand même quelques uns qui se démarquent et qui trouvent que la psychanalyse se porterait mieux si Roudinesco se taisait. Et puis, j’ai trouvé cette interview de Julia Kristeva sur le site du Nouvel Observateur 2.


Tout comme Roudinesco il ya quelques mois, j’ignorais tout de cette femme (oui, je ne suis pas très aux faits en matière psychanalytique) avant de parcourir ce texte d’une grande rigueur intellectuelle.  L’hebdomadaire qui gagnerait à disparaître, présente cet entretien comme un débat entre Onfray et Kristeva. En guise de discussion, nous avons droit sur des affirmations de l’écrivain normand, à un commentaire de cette dernière qui s’érige de ce fait en censeur, en autorité. Point d’emportement emphatique à la manière de Roudinesco, du moins en apparence mais un jugement qui se veut  « scientifique » avec la hauteur que lui concède son statut d’éminente spécialiste face au trublion qui fait des déclamations péremptoires car coupées de leur contexte. L’intitulé exact de l’article  est : Freud : le débat Onfray-Kristeva. Dire que c’est une tromperie, une arnaque journalistique est peu dire. En tous les cas, l’opinion qu’on se fait du journalisme à travers ce type de publication ne s’en trouve pas rehaussée. Présenter cela comme un débat est une aberration. Julia Kristeva peut dire ce qu’elle veut, de toute façon son contradicteur n’est pas là pour lui répondre. Elle aura donc le dernier mot. Sans doute, ce type d’exercice peut passer pour le summum de la liberté de parole dans les démocraties populaires mais on est en droit de s’interroger sur la déontologie de cette feuille de chou. Quoiqu’il en soit, nous avons affaire à  un texte plein de drôleries digne de la céleste confrérie des embrouilleurs, de ceux qui feignent de découvrir à nouveau le fil à couper le beurre et qui vous font croire qu’ils sont des précurseurs, des savants, des bienfaiteurs de l'humanité. Ainsi notre analyste répondant à l’accusation que l’inconscient n’est certainement pas une découverte freudienne a cette réplique fameuse pour démontrer tout le génie de son mentor : « Freud affirme ce message universel : nous sommes en vie si et seulement si nous avons une vie psychique. Certains n'en reviennent pas ! ». En effet, on a du mal à en revenir : c’est absolument révolutionnaire ! On  oserait à peine faire remarquer à notre enfonceuse de portes ouvertes  sans contradicteur que les Grecs dans leur langue distinguaient et opposaient déjà le corps sans vie ou Σωμα à l’esprit ou ψυχή. Le corps prenait vie uniquement de par sa psyché. Puis, elle nous ressasse son complexe d’Œdipe comme pivot et organisateur de l’existence psychique. Complexe d’Œdipe qui n’a de réalité que dans l’esprit pervers d’un homme et qui, jusqu’à ce qu’elle nous démontre réellement sa pertinence, n’est qu’une affabulation. Je ne reviendrai certainement pas  sur le débat de la scientificité de la psychanalyse étant donné qu’elle l’a balayée d’un revers de main comme datant du siècle dernier. Bon ! Mais le plus comique arrive là où on s’y attend le moins. En effet, elle écrit : 


« Prenons plutôt l'originalité de la découverte freudienne face au continent religieux. Tandis que, face à l'absence de « lien unifiant » dans le monde sécularisé, Habermas et Ratzinger cherchent une « autorité supérieure fiable » basée sur des « présupposés normatifs » et une « conscience conservatrice » qui se nourrirait de la « corrélation entre raison et foi », la théorie de l'inconscient conduit et approfondit la refonte foi-raison entreprise par Nietzsche et Heidegger, hors de toute transcendance, dans l'intimité de chacun. Sans baisser la garde contre les « illusions », Freud allonge « notre dieu Logos » sur le divan. Sans renier le « sentiment océanique » qui m'absorbe dans le contenant maternel, je m'appuie sur le besoin (anthropologique, préreligieux et prépolitique) de croire que satisfait le « père aimant de la préhistoire individuelle ». Avant de me révolter contre le « père oedipien » pour frayer les chemins du désir de savoir et de ma liberté singulière.
Tel est le sens de l'athéisme freudien : une « entreprise cruelle et de longue haleine » (Sartre), à ne pas laisser aux « voyous de la place publique » (Nietzsche). Les tentatives de démolition de la psychanalyse ne s'adressent pas à une idole imaginaire mais à la transvaluation du continent grec-juif-chrétien dont cette science humaine dégage la portée anthropologique universelle. »

Ouf ! se dit-on, quelque peu abasourdi. On essaie de comprendre ce qu’elle veut nous transmettre.  On lit et on relit. On découvre qu’il y a donc une originalité de la découverte freudienne. Oui, mais uniquement devant « le continent religieux ». Ah ! s’exclame-t-on, nous sommes alors dans le ressort de la croyance ! Je ne suis pas sûr d’avoir tout bien compris mais si je résume la pensée de la dame, énoncée avec l’emphase qui lui convient afin de masquer certainement la platitude d’une telle révélation, elle nous dit : étant donné que nous ne pouvons connaître les desseins métaphysiques de cette transcendance qui s’identifie à dieu, à l’aide de notre raison, questionnons donc notre inconscient qui porte la marque non seulement de l’instinct mais aussi de ce traumatisme premier, de cette immanence, de cette volonté primordiale. Interrogeons, à travers les mythes qui sont les témoins de cet âge glaciaire tout comme l’astrophysicien tente de regarder le plus loin possible la lumière naissante afin de connaître ses origines, cet objet archéologique que je suppose être « le père aimant de la préhistoire individuelle »par la parole et nous aurons les desseins de la volonté. En connaissant les projets tyranniques de ce paternel encombrant, révoltons-nous en bon soixante huitards que nous sommes, afin d’acquérir notre liberté. N’est ce point merveilleux ?
En fait, nous sommes surtout dans le domaine de la soupe où l’on mouline allégrement « dans le contenant maternel »  ensemble des postulats non démontrés qui sont devenus, comme par magie, des réalités scientifiques, avec des théories saupoudrées de noms de philosophes pour faire plus sérieux afin de ne pas « renier le sentiment océanique » qui transcende cette réflexion. Mais, le plus hilarant est certainement la dernière phrase. Ce qui est bien avec cette dame, c’est que nous voyageons beaucoup. Elle éprouve cette nécessité de nous faire aborder tellement de continents à la fois que nous nous y perdons quelque peu. Entre le continent religieux et le continent grec-juif et chrétien, nous ne savons plus où nous nous trouvons. Alors, je sais que nous sommes dans le domaine de la polémique, que ceci n’est pas adressé aux lecteurs lambda mais à Onfray et uniquement à Onfray (de là, peut-être, le terme de débat utilisé pour désigner ce texte) mais on est bien forcé de constater que ce qui est énoncé n’est pas démontré. Cette volonté d’universaliser, non pas de chercher le lien unifiant entre les hommes mais d’affirmer de façon péremptoire et dogmatique à la manière d’une révélation que ce dernier existe et ne souffre d’aucune contestation est très problématique.  Dès lors, on peut nier les cultures et leurs valeurs fondamentales aussi différentes qu’incompatibles, pour finalement permettre à celles-ci de s’absorber mutuellement afin d’en dégager la transvaluation.  Il va falloir qu’on m’explique comment tout ceci peut être rendu possible. Comment cet immense maelstrom inter-civilisationnel peut fermenter dans le contenant maternel sans que la pression exercée par la compression des gaz sur eux-mêmes ne débouche sur un big bang apocalyptique. Nous sommes arrivés au point de rencontre, à l’intersection intersidérale où se joignent les lois  de la physique quantique et celle de la théorie de la relativité. Je crains quand même fort que ce tour de passe passe n’ait d’autre utilité que de faire sortir la psychanalyse de sa sphère judéo-chrétienne dans lequel la pensée de l’auteur l’enferme indubitablement et de nier les autres.  J’ai bien peur que cette dernière affirmation ait plus de réalité concernant l’astrologie que pour cette pseudoscience. Nous sommes incontestablement dans le ridicule le plus absolu. Attention ! nous abordons ici le continent de l’imposture intellectuelle, de l’enfumage médiatique destiné à masquer son incapacité à apporter une contradiction raisonnable. En fidèle disciple de Lacan, celui-là même qui se considérait selon un linguiste américain 3 auquel il s’était confié qu’il était « un charlatan conscient de l’être qui se jouait  du milieu intellectuel parisien pour voir jusqu'à quel point il pouvait produire de l'absurdité tout en continuant à être pris au sérieux », elle reprend magistralement les poncifs de son maître. 


J’ai passé de nombreuses heures à chercher une parole quelque peu sérieuse concernant cette discipline. Force est de constater que pour le moment je ne l’ai pas trouvée. Mes objections n’ont pas changé. Onfray parle de psychologie littéraire à son propos. Nous pouvons le regretter ou encore nous révolter en voyant que la littérature est devenue l’esclave de la psychologie pour permettre à des ignorants de rayonner idéologiquement en imposant leur médiocrité à la collectivité. Repliés sur eux-mêmes, ils se racontent dans d’interminables introspections narcissiques et ennuyeuses pensant qu’ils sont le centre du monde, que leur destin a un quelconque intérêt pour la volonté. Nous sommes bien loin de cette littérature impériale qui régentait non seulement le monde universitaire mais la société toute entière lorsqu’elle était le sésame pour tout honnête homme qui se prétendait cultivé. C’est une négation du beau, une négation de la vie et une exaltation du pathos que l’on fait passer pour de la créativité. Cela fait longtemps maintenant que la littérature a engagé son processus de décadence et de déliquescence en France plus que n’importe où ailleurs. Sans doute faut-il voir la conséquence de cette fantaisie.  
Par contre, la publication de l’ouvrage d’Onfray a permis de réveiller toute cette intelligentsia marxiste ou affiliée à l’Internationale moribonde et de démontrer l’emprise qu’elle avait sur les médias, ainsi que sur l’édition et visiblement aussi sur le pouvoir politique. A quand une nouvelle proposition de loi qui interdirait toute remise en cause de la vie de Freud  ou de la psychanalyse ? Prise de conscience tardive me concernant, de cette disproportion entre  les résultats affligeants dont elle se pare et le poids réel qu’elle a acquis dans la société. Par contre, elle régente entièrement les codes moraux ; ses défenseurs exercent la censure inquisitoriale contre tous ceux qui sortent de la norme de la bien-pensance intellectuelle qu’ils ont eux-mêmes définie. Dernièrement, j’écoutais Boris Cyrulnik qui n’est pas le plus agressif des psychanalystes (peut-être parce qu’il est aussi neurologue et psychiatre, contrairement à ses collègues hystériques ou illuminées du logos) nous parler de violence inouïe à propos d’un immigré qui serait amené à abandonner une partie de sa culture pour permettre son intégration dans sa nouvelle société d’accueil. Genre de propos pleins de platitude et de bons sentiments qui ne payent pas de mine si ce n’est de vouloir absolument écarter voir nier la violence qui peut être source de souffrances psychologiques. Est-il nécessaire de rappeler que la plus grande violence est de venir au monde et que cette dernière est intrinsèquement liée à la nature. Elle est constitutive à notre rapport à l’existence, au fait que toute mise en mouvement entraine une interaction sur les énergies et sur les forces qui peuvent devenir contradictoires ; d’où la violence ressentie et vécue. Le fait même de se lever le matin peut-être considéré comme une violence que l’on impose au corps ou à son esprit. Il s’agit plus de connaître quelle dose de brutalité on est capable de subir ou d’infliger, pour en éviter une plus grande. Ces doux rêveurs pour certains, ces charlatans pour les autres qui tentent de préserver les intérêts de leurs petites entreprises masturbatoires à quatre vingts euros les vingt minutes si j’en crois les tarifs que l’on m’a donnés, me sont devenus indigestes. Excédé de ce manichéisme conformiste, de cette forfaiture culturelle où l’on tente de m’imposer un universalisme qui nie l’individuation. En Grèce, à l’époque classique, l’anormal, celui que l’on appellerait le fou aujourd’hui, était considéré comme un « saint » parce que enthousiasmé par un dieu. Tout change avec le judéo-christianisme ; la démence est la conséquence de la possession satanique. Combien de possédés avons-nous brûlé sur la place de Grève ?      

Cette réaction médiatique disproportionnée est curieuse. D’autant plus que le bouquin d’Onfray est loin d’être exempt de toutes critiques sérieuses. En effet, si j’ai consacré autant de temps à rechercher une opinion divergente ce n’était pas, à l’origine, pour tomber sur ce délire hystérique certes amusant mais quelque peu stérile mais bien sur un examen sérieux de l’ouvrage de l’auteur. Mais si j’excepte la polémique haineuse citée plus haut, je n’ai pas vu la moindre analyse judicieuse qui permettrait, si ce n’est de mettre à mal la thèse explicitée, au moins d’y entrevoir quelques réserves surtout sur les prétentions de l’auteur.   

To be continued...

1 http://onfray.over-blog.com/ext/http://michel.onfray.pagesperso-orange.fr/RoudinescoOnfrayHaineRillaer.pdf

2 http://bibliobs.nouvelobs.com/20100422/19093/freud-le-debat-onfray-kristeva

3 Noam Chomsky