Le Mausolée d'Auguste et l'Ara Pacis

Le Mausolée d'Auguste

Mausolée d'Auguste

 

Située au nord du Champ de Mars, à proximité du Tibre, la tombe d'Auguste se présente, aujourd'hui, sous la forme d'un gigantesque cylindre de briques très endommagé. Pendant longtemps on a cru voir en ce monument, un tombeau d'inspiration étrusque. Il semble maintenant ne plus faire de doute que le modèle dont se sont servis les concepteurs n'est pas la tombe à tumulus classique mais bel et bien le modèle hellénistique oriental. Il semble que dès son retour à Rome, en 29 av. J.-C., après sa campagne victorieuse d’Egypte et plus particulièrement après une visite du tombeau d’Alexandre le Grand, à Alexandrie, Octave ait lancé la construction de cet édifice. Si l’hypothèse se confirme, il y a eu dès le départ, donc, une volonté idéologique d’affirmer dans la pierre le caractère dynastique du nouveau régime. Par cette action, il se plaçait délibérément dans la position d’un potentat hellénistique, bien loin de la tradition grecque ou romaine.

 

mau


Mausolée d'Auguste

 

 

mau


Mausolée d'Auguste

mau


Tirynthe - Tombe mycénienne

 

Le monument se présente sous la forme d’une série de cercles concentriques entourant une pièce centrale dans laquelle on accédait après avoir franchi un long couloir. Jusqu’ici l’édifice ressemble à une tombe à tumulus traditionnelle comme on peut en trouver chez les Etrusques ou bien même chez les Mycéniens. Au centre d’une grande pile creuse, au milieu de l'édifice, s’ouvrait la pièce funéraire dans laquelle se trouvait l’urne du princeps. Tout autour de ce tambour central, un couloir permettait de desservir trois niches creusées dans le mur extérieur. C’est dans ces dernières que devaient se trouver les urnes des membres de la famille d’Auguste. Mais l’originalité du bâtiment tient dans ce tambour central qui devait servir de soubassement à un second étage ; là, où devait s’élever un temple. C’est donc bien une structure qui puise son modèle dans la tradition orientale.

 

mau pla

Source: :Filipo Coarelli

mau   mau
Piazza Esquilino
 
Piazza del Quirinale

Devant l’entrée, qui s'ouvrait au Sud, se dressaient deux obélisques égyptiens rappelant cette affiliation. Leur présence dès l’origine est discutée. On peut légitimement penser qu’ils ont été ajoutés par Domitien. Aujourd’hui, l’un se trouve derrière Santa Maria Maggiore sur l’Esquilin, l’autre sur la place du Quirinal. Juste derrière ces obélisques, encadrant l’entrée se trouvaient deux piliers sur lesquels étaient accrochées les tables de bronze des Res Gestae.

Les Res Gestae

Les Res Gestae sont un compte rendu, une sorte de bilan de fin de règne du fondateur du principat. Ce testament politique ornait, à l’origine, le tombeau d’Auguste et était gravé sur des plaques de bronze. La copie dont nous disposons et qui est actuellement exposée sur la façade Est du musée de l’Ara Pacis est une version que nous tenons du Temple d’Auguste et de Rome situé à Ancyre (Ankara en Turquie). Œuvre idéologique destinée à entériner un régime politique qui était encore fragile à la mort de son auteur, les Res Gestae ont pour vocation non seulement d’accompagner l’apothéose de son auteur mais aussi de donner une ligne directrice de bonne gouvernance à ses successeurs. On pourrait presque imaginer une sorte de nouvelle constitution officieuse destinée à fixer le cadre d’exercice de chacune des institutions. Officiellement, l’antique République demeure et a été restaurée par l’auteur de ce texte. Mais elle a été sérieusement amendée par les pouvoirs exceptionnels que détient désormais le Prince du Sénat qui concentre entre ses mains non seulement l’impérium maius et la puissance tribunicienne mais aussi la censure, le consulat, l’édilité et le pontificat pour ne citer que les magistratures les plus importantes. Pire, la dimension religieuse passe souvent au second plan alors qu’elle est essentielle. Certes, le tribun de la plèbe avait déjà une inviolabilité liée à sa fonction. Non seulement Octave en hérite mais de plus, il est gratifié du titre d’Auguste qui lui donne une sacro-sainteté nouvelle, différente de ce que l'on connaissait auparavant parce que transmissible à ses héritiers désignés (ainsi ses petits fils Gaius et Lucius Caesar sont-ils désignés à quatorze ans pour l’être à dix neuf tout en étant gratifiés du titre de Prince de la jeunesse). Autrefois, on augurait des lieux afin de rendre des actes politiques sous l’égide des dieux. Dorénavant, c’est un individu qui est auguré et chacune de ses décisions deviendra un acte de loi. Les glissements des institutions vers un pouvoir monarchique de type hellénistique est ici manifeste. Certes, César, à travers notamment ses travaux édilitaires, avait déjà récupéré l’espace civique au service de sa propagande, en confondant l’histoire de la cité avec celle de sa propre famille. Mais, avec son neveu, nous sommes passés à un autre stade que celui de l’héroïsation classique qui, après tout, fait partie de la tradition romaine ou hellénique. Contrairement au dictateur, Octave non seulement hérite de l’œuvre de son oncle mais lui ajoute la divinisation pour fonder sa légitimité, qui elle est totalement étrangère aux us et coutumes occidentales. Peut-être s'inspire-t-il de quelques contemporains mais il restera celui qui a fait épouser à sa cité ce roman métaphysique qui mènera à sa décadence.


   

ara 
ara 
ara 

 

ara

 

ara 
ara 
ara

 

 

Traduction

Tradution donnée par Langues & littératures classiques (université de Liège)

 

 

http://www.class.ulg.ac.be/ressources/resgestae.html

Ara Pacis

Ara Pacis (Sud)

Fondé le 4 juillet 13 av. J.-C. par le Sénat pour célébrer le retour d'Auguste d'Espagne et le paix retrouvée, il fut dédié le 30 janvier 9 av. J.-C.. A l'origine, cet autel se trouvait 400 mètres au sud de l'emplacement actuel, en bordure de la via Flaminia. Les premiers blocs ont été redécouverts en 1568, mais il fallut attendre le dix-neuvième siècle pour permettre une identification avec le monument cité dans les Res Gestae. C'est au début du XXe siècle que des fouilles furent entreprises pour aboutir à la reconstitution de l'édifice près du Mausolée d'Auguste, en 1938.


L’autel se présente à l’intérieur d’un enclos rectangulaire presque carré d’environ dix mètres sur onze. Sur les longs côtés de cette enceinte s’ouvraient deux grandes portes qui donnaient directement accès à la table de sacrifice. Celle-ci, à l’origine, était orientée Est-Ouest (on aimerait bien comprendre pourquoi, elle a été rebâtie sur un plan Nord-Sud). Aujourd’hui, donc, l’entrée se fait par sa façade Sud grâce à un escalier.

 

   
Ara Pacis - côté Sud
Ara Pacis - côté Nord

 

La riche décoration du mur d’enceinte se divise en deux dans le sens de la hauteur tout en étant encadrée par des pilastres corinthiens qui délimitent des panneaux. Dans la partie inférieure, on peut admirer une magnifique ornementation composée d’un entrelacs de rinceaux d’acanthes qui vient à occuper toute la surface libre et qui se répète à l’identique tout autour du monument. Sur le côté Sud, au-dessus de ces motifs de végétations, se trouvent des scènes mythologiques. A gauche de la porte, sur le premier panneau, la scène du Lupercal a pratiquement entièrement disparu. Il ne subsiste que la tête d’un personnage, peut-être celle du berger Faustulus. A droite de la porte, par contre, la scène est bien mieux conservée. On y observe Enée qui sacrifie aux Pénates la truie aux trente porcelets. Le temple de ces dernières est visible derrière les jeunes gens censés seconder le héros dans sa piété.

Sacrifice d'Enée aux Pénates

Sacrifice d'Enée aux Pénates - On reconnaît derrière les Camilli le temple des Pénates
Sacrifice d'Enée aux Pénates - Camilli

 

Sur le côté Nord, les scènes représentent des allégories. A droite de la porte, la Déesse Rome était vraisemblablement représentée. Là encore, il ne reste quasiment rien de ce panneau. Par contre, le tableau opposé est en bien meilleur état. Nous pouvons y observer la déesse Terre avec deux enfants sur ses genoux. Elle est encadrée par deux divinités à demi nues, sur chacun de ses côtés. L’une juchée sur un cygne serait l’Air ; tandis que l’autre, perchée sur un monstre marin serait l’Eau. On a cru y déceler une allégorie de la Paix.

 

Ara Pacis - Tellus Mater
www.magictoolbox.com


Sur les petits côtés, maintenant, une admirable frise de style hellénique représentant la famille impériale au grand complet faisant procession, à l’image de celle des Panathénées. La référence est ainsi explicite. On peut y reconnaître Octave précédé de licteurs et suivis par des Flamines. Puis, viennent derrière le licteur du flamine, respectant l’étiquette, Agrippa, Gaius Caesar, Julia, Tibère, Antonia Minor tenant par la main Germanicus le futur père de l’empereur Caligula et juste derrière se trouve Drusus son père. Viennent encore Domintius le fils d’Antonia Maior et sa fille Domitia ainsi que son mari Lucius Domitius Ahenobarbus. On voit donc rassemblés sur cette frise à la fois, la descendance issue de sa sœur Octavie à travers son mariage avec Marc Antoine (Antonia Maior et Minor), celle de sa fille Julia qu’elle a eue avec Agrippa (Gaius Caesar) ainsi que celle de sa femme Livia issue de son premier mariage avec Tiberius Claudius Nero (Tibère et Drusus) ; ce qui laisse présager quelques successions douloureuses. Assurément, à travers cette frise, nous avons l’affirmation d’un programme dynastique très éloigné du modèle hellénique de référence qui a pour vocation d’étayer une propagande idéologique. 

Frise - Ara Pacis

Au centre, Antonia minor (visage qui regarde vers nous) tenant par la main le jeune Germanicus puis viennent son mari Drusus, sa soeur et les enfants de celle-ci.
Frise - Ara Pacis
Frise - Ara Pacis


Agrippa au centre derrière le licteur - Le jeune Gaius tient la toge de son père et regarde affectueusement sa mère Julia précédant Tibère

A l’intérieur de l’enclos, là où se dresse l’autel, on remarque une décoration beaucoup plus sobre. La paroi de l’enceinte est divisée de la même manière qu’à l’extérieur. Dans la partie basse, on observe une succession de bandes verticales qui serait la représentation d’une palissade. En haut, des guirlandes accrochées à des bucranes fournissent l’essentiel du décor. On a vu à travers cette représentation, la reproduction du templum provisoire inauguré le 13 janvier 13 av. J.- C. La table de sacrifice est, quant à elle, posée en haut des trois marches qui font le tour de l’édifice. Il faut encore gravir cinq autres marches pour accéder à la place du prêtre sacrifiant. Tout autour de l’autel proprement dit, une petite frise typiquement romaine enserre le monument à la fois à l’intérieur et à l’extérieur. Elle représente le rituel sacrificiel qui devait se dérouler une fois par an. Au sommet, posés sur des rinceaux, de superbes lions ailés soutiennent des volutes d’acanthes.


Vidéo

Ara Pacis


 

 
Autel

 

L’ensemble est un étonnant syncrétisme entre l’art grec, hellénistique et romain.  Cet autel demeure un superbe exemple de l’art officiel à l’époque augustéenne. Au-delà de la beauté de l’édifice qui se distingue par son élégance et sa sobriété toute paradoxale, il est aussi un objet de propagande magnifiquement réussi. C’est ainsi que le message délivré est très clair : Auguste en tant qu’héritier de la famille des Iuli, à comme ancêtres les divins  fondateurs de Rome (panneaux du Lupercal et celui d’Enée sur la façade Sud de l’enceinte). De par son action politique et militaire, il a rétabli la paix et la  concorde  dans Rome. La cité peut désormais s’épanouir et prospérer en toute quiétude loin du tumulte des guerres civiles (panneaux nord de l’enceinte). Tandis que les panneaux Ouest et Est rappellent  que sa famille est la garante de cette stabilité et se trouve donc au centre d’une succession dynastique. De plus, il semblerait que cet autel était relié au gnomon dont l’obélisque de Psammétique II est aujourd’hui dressé sur la piazza di Montecitorio. Si cela s’avère exact, alors l’identification de la personne du prince avec un potentat hellénistique n’en serait que renforcée.

Frise représentant le sacrifice annuel

 

 
 
Frise de l'autel
Lion ailé

 

Bibliographie : Filippo Coarelli - Guide archéologique de Rome - ed : Hachette

 

 

©Volpinades.net